vendredi 30 octobre 2009

(im)patience

 
 

 
 
Expo "Arts et Sciences", Muséum d'Histoire Naturelle, Toulouse

mercredi 28 octobre 2009

vendredi 23 octobre 2009

Le jardin dans le ciel



Un peu de Caro et Jeunet, un peu de Peters et Schuitten, un peu Moebius chez Jardiland, dans le cadre de la semaine des sciences Novela à Toulouse, ce drôle de jardin suspendu et autosuffisant a débarqué à Toulouse.
Une installation géniale.
 
 

mercredi 21 octobre 2009

Ce que disent les cartes

Non, rassurez-vous, je ne suis pas chiromancien à mes heures perdues, mais géographe labellisé par l'université française, et donc, souvent, je joue aux cartes.

Ce qu'il y a de génial, quand vous dites que vous êtes prof' d'histoire-géo, c'est d'entendre les autres vous répondre que c'est génial, que vous avez la chance d'enseigner une discipline aussi intéressante, qu'ils adoraient l'histoire, les plus calés d'entre-eux vous citent la nécrologie des rois de France depuis Clovis à Louis XVI, mais que vraiment, vraiment, ils n'aimaient pas la géographie.
Même Fantômette me l'a dit, alors qu'elle est THE spécialiste mondiale des pensées nécrophiles de l'empereur romain Julien l'Apostat.

OK, ok, on ne bouge plus, je vais vous montrer, cartes en main, que la géographie ne sert pas seulement à savoir nommer les sous-préfectures des Deux-Sèvres les yeux bandés, j'en suis proprement incapable, mais que de plus, elle peut avoir un intérêt tout particulier pour l'ensemble des citoyens et de nos décideurs politiques et économiques.

Prenons par exemple une entreprise d'origine américaine que tout être normalement constitué connaît, je parle de Mac Donald. C'est en général la première lettre qu'un enfant reconnaît dans son environnement proche, et même les chiens errants des rues de Moscou reconnaissent les poubelles du Mc Do, alors qu'ils ont appris à lire en cyrillique. Donc.



Dans ce monde merveilleux qui est le nôtre, dominé par le capitalisme triomphant depuis la disparition prématurée de Georges Marchais, le lâche assassinat de Caucescu et le départ en retraite anticipée de Fidel Castro, rares sont les entreprises à donner dans la philanthropie, en dehors de Mickaïl Timofelevitch Kalachnikov qui omit de déposer tout brevet sur son invention au titre du développement des pays frères et sous-développés (voir à ce sujet notre excellent article intitulé Beyrouth-Plage). Mais les politiques savent bien que ces entreprises privées participent elles-aussi à l'aménagement du territoire, au développement du tissu économique et donc d'un lien social fort. Si, si, quand on pense que Nicolas a dû se déplacer jusque dans le 93 pour aller à la rencontre de la "racaille", il lui suffisait d'aller au Mac Do.

Ainsi donc, que cherche Mac Do, en dehors du profit ?
Prenons le planisphère des implantations de ce vendeur de sandwich au bœuf, soja et lombrics.



Que constate-t-on ?
Que les Américains du Nord et les Européens sont de gros mangeurs, alors que les Chinois et surtout les Indiens mangent peu, mais c'est chez eux culturel, et que nos frères d'Afrique semblent s'être convertis au taoïsme le plus intégriste, parce qu'ils ne mangent pas. Ou alors, c'est qu'ils mangent autre chose, ce qui reviendrait à dire que les Africains n'ont aucun goût. Attention, précisons d'emblée que je parle de nos "frères d'Afrique" pour des raisons de censure et d'adaptation au politiquement correct, puisque le mien frère est plutôt de "couleur française" comme dirait J.-F. Copé et qu'il réside à Lyon. Mais il est vrai qu'un peu plus au sud, il y a la ferme aux crocodiles de Montélimar, les flamants roses de Camargue et Marseille. C'est déjà le sud, c'est déjà l'Afrique, mais il y a encore des Mac Do.

Sur ce planisphère dit par "anamorphose", la taille de chaque Etat est proportionnelle à la quantité cartographiée, ici la proportion de personnes qui souffrent de mal-nutrition dans le monde. On constate effectivement une corrélation étroite entre l'implantation mondiale de Mac Do et la proportion de personnes sous-nutries.



Selon la même méthode, le planisphère suivant nous présente le volume d'achats de jouets par Etat.



On constate aisément ici que Mac Do, Ronald Mac Donald et les produits dérivés Disney, Barbie et autres strings Pucca vendus dans les Magic Box participent au développement la richesse de l'imaginaire, et que ce sont les plus gros consommateurs de produits Mac Do qui croient le plus au Père Noël, d'où ces achats massifs de jouets. Et que nos frères d'Afrique, qui croient en n'importe quoi (esprits, ancêtres, mouche-qui-pète...) et délaissent leurs enfants ne leur achètent jamais de jouets, ce qui explique l'incurie culturelle des civilisations africaines.

La carte suivante présente les implantations des restaurants Mac Donald à San Francisco, de part et d'autre du Golden Gate Bridge. Observez la concentration de restaurants au sud du pont et le désert culinaire et gustatif que constituent les quartiers qui se trouvent au nord, de l'autre côté du pont.



Et alors, me direz-vous ?
Regardez la carte suivante, qui présente le nombre de suicides ayant eu lieu sur le Golden Gate Bridge depuis les années 1930.
On constate que les suicides sont moins nombreux parmi ceux qui se dirigent vers le sud et le Mac Do (en haut sur la carte), que parmi ceux qui se dirigent vers le nord (en bas sur la carte), renonçant ainsi à la culture et à la civilisation, et que la plupart de ces désespérés passent à l'acte sans même avoir la force, le courage, de dépasser la moitié du pont.



On peut donc en conclure, en toute honnêteté intellectuelle, que non seulement Mac Do favorise le développement de l'imaginaire chez l'enfant, et que l'adulte qu'il deviendra ensuite continuera à cultiver cet imaginaire devant la télé et chez Disneyland, mais aussi que l'ouverture de restaurants Mac Donald permet un meilleur état sanitaire et moral de la population, moins touchée par la dépression et le suicide.

Revenons maintenant à l'échelle mondiale et à nos frères d'Afrique et autres pays pauvres, ne soyons pas mesquins, nous sommes tous frères, même avec ces gens.
La carte suivante présente, toujours selon la même méthode de représentation par anamorphose, le nombre de personnes malades du Sida dans le monde.



Et alors, hein ?
On peut maintenant en conclure, en toute honnêteté intellectuelle, que non seulement Mac Do favorise le développement de l'imaginaire, qu'il participe au bien-être de l'humanité et à la lutte contre la dépression et le suicide, mais en plus, qu'il protège du Sida.

On se retrouve au Mac Do, pour faire de la géo ?

mardi 20 octobre 2009

J'ai fait un rêve

 
 

J'ai fait un rêve.
 
 

Pas un jour sans que Fantômette me dise que je suis un gros dégueulasse ou un tordu.
Pas un.

J'ai fait un rêve.
Fantômette ne veut plus que j'approche ses enfants.
Fantômette veut avertir la mère de mes enfants.
Fantômette n'est pas sûre de pouvoir rester.

Mon psy ne veut plus me parler.
Il m'a menacé d'appeler les flics si je revenais.

J'ai rêvé que j'étais muté dans une école de jeunes filles.
J'ai rêvé que le ministre de l'Education Nationale s'appelait Frédéric Mitterrand.

Tout le monde trouve que c'est un rêve de psychopathe.
C'est sûr que si j'avais rêvé que je m'appelais Jean S...

lundi 19 octobre 2009

Sea, sec and Sun




Je n'avais rien écrit pour aujourd'hui.
Rien.
Pourtant, ce n'est pas le temps qui me manque. Dix jours déjà que je suis "handicapé" pour reprendre le nom qui circule ici, une attelle à la jambe, errant du lit au bureau d'une démarche qui s'apparente à celle de Casimodo et de Salvatore dans le Nom de la Rose (si, vous savez, "Stupido, stupido").
Rien qu'un petit bobo, mais qui me donne une présence et une efficacité digne de celle du tableau peint par Fantômette accroché sur le mur. Aussi efficace et attirant que l'écran noir de l'ordinateur de bureau qui vient juste de rendre l'âme, sans un soupir, sans même attendre un prêtre. Lâchement.
Fantômette qui assure tant bien que mal la totalité ou presque de l'intendance.

J'ai le temps, et le temps dure longtemps.

Et les opiacés que j'avale pour taire la douleur annihilent toute tentative de concentration. On m'a bien commandé du boulot, j'ai bien des copies à corriger... j'ai l'intelligence et la vivacité d'esprit d'un hérisson après une tentative de traversée d'autoroute hors des clous. Encéphalogramme plat.

Ainsi donc, suivant péniblement à cloche-pied les circonvolutions de mon cerveau par lesquelles chemine ma pensée, j'en arrivais ce matin à penser à Belle-Maman, me disant que quand même, un jour, il faudrait que je prenne ici même la peine de lui rendre hommage. Parce que si un jour j'ai effectivement connu (peu, heureusement), une belle-mère qu'on a envie de noyer dans le verre où elle met son faux-sourire de faux-cul à détartrer, Belle-Maman n'est pas de celles-là.

En même temps, je sais que c'est un terrain glissant, et qu'avec mes béquilles, la prise de risques est proportionnelle. D'abord, parce qu'elle lit régulièrement les mots que j'épands ici comme les agriculteurs excédés leurs excédents laitiers. Ensuite, parce que dire ici "Belle-Maman je t'aime" risque de vexer d'autres femmes. Ma maman à moi, d'abord. Parce que j'ai rarement eu l'occasion de le lui dire. Tant pis. Beau-Papa, aussi, qui risque de voir en moi un rival jeune, fringuant et clopinant. Fantômette, aussi, le pur produit de l'amour de Beau-Papa et Belle-Maman, qui va me dire, tu commences à déclarer ta flamme à ma mère, et demain ?

Ô, œdipe, lâche-nous la grappe, ça fait quarante deux ans que tu me les broies !

Aussi donc, Fantômette, si jamais je devais m'éteindre en ce premier jour de gel automnal, je reprendrais simplement les mots de Bénabar, qui tient encore mieux la plume que la trompette :

Elle me manipule...
Elle ondule, et moi, je roucoule
Quand elle demande la lune
J'y peux rien, mais j'hulule
Elle est tellement pure
Un concentré de femme idéale
En la diluant dans l'eau
On pourrait faire dix filles normales

Voilà déjà une bonne raison d'aimer Belle-Maman, et de veiller à ce que jamais, au grand jamais, Fantômette ne s'approche trop près de l'eau. Pas envie de dix filles normales.

vendredi 16 octobre 2009

Jésus cachait-il une oreillette ?

 
 
 
 

Acouphène : sensations sonores et auditives perçues par le seul sujet. Le son perçu ressemble à un bourdonnement, un sifflement ou même à un tintement ressenti dans le crâne ou dans l'oreille interne, d'un seul côté ou des deux.
 
 

jeudi 15 octobre 2009

Se libérer de son carcan social





C'est vrai, quoi, nos représentations sociales nous aveuglent. Le commun, l'admissible, le socialement acceptable nous enchaîne et nous sommes prisonniers de la masse, des médias, de la plèbe, quand tant d'individus qui le méritent cherchent à s'élever, à être meilleurs, et se heurtent au plafond bas sous lequel se complaît le commun des mortels parce que ce plafond est tellement bas qu'il peut le toucher en se hissant sur la pointe des pieds et se sentir ainsi grand, ou grandi.

Donc, libérons nous de nos carcans que nous impose la société et que nous distillons lentement à nos enfants !

Les enfants, tiens, on a tous, un jour, des fois, souvent, des envies de meurtre quand on les voit claquer du bec à table, couiner à n'en plus finir pour apprendre le planisphère du relief de la Terre, ou parce qu'ils font la gueule parce que ce soir c'est petits pois et qu'ils voulaient des haricots. Parce que vous en mettez deux à table devant un plat de petits pois-carottes, à tous les coups, il y en a un qui n'aime que les carottes, et l'autre que les petits pois, qu'il n'arrive pas à attraper sans transformer le sol de la cuisine en méga-salle de bowling miniature.

Seulement voilà.
Prenez le petit Grégory. On reproche toujours à ses parents de ne pas lui avoir appris à nager. Alors que si ça se trouve, c'était vraiment un petit merdeux et que ses parents n'en pouvaient plus.

Prenez Jean Sarkozy sur lequel l'ensemble du "corps social" crie haro. Pourquoi son pôpa ne pourrait-il pas être à la fois riche, influent, et bon ?
A cause de nos représentations sociales. Depuis le petit Jésus qui soignait les pauvres et les indigents puisque le RSA n'existait pas encore, Saint-Martin qui partagea son manteau pour que le pauvre hère qu'il avait croisé n'ait plus qu'à moitié froid, richesse et bonté, luxe et grandeur d'âme sont antinomiques.

Oublions donc ces principes moraux judéo-chrétiens et les méfaits de l'égalitarisme socialiste. Le Salut est dans l'individu, la réussite individuelle, l'esprit de famille, le néo-libéralisme.

Prenez Gandhi, qui se faisait tellement pauvre qu'il s'obligeait à tisser lui-même ses vêtements. Comme l'a souligné un jour Jean-Paul Gaulthier dans une interview, "ce mec là, c'était certainement un bel esprit, mais il n'avait rien d'une petite-main".

Prenez le commandant Cousteau, qui par gros temps ou par mer d'huile garda toujours le même bonnet rouge même sous son masque et son tuba.

Prenez l'abbé Pierre, qui portait la robe de bure qu'il avait hérité de Theillard de Chardin qui lui même la tenait de Saint-Thomas d'Aquin et qui marchait avec la canne de Pétain achetée à l'époque, en 1954, 5 anciens francs chez Emmaüs.

Prenez mère Thérésa, qui toute sa vie ne porta qu'une vieille robe de mariée achetée dans une friperie et à peine customisée d'un liseré bleu pour qu'on la reconnaisse.

Prenez le sous-commandant Marcos, qui porte depuis sa première apparition télévisée la même cagoule, et qui distribue autour de lui toutes celles que lui envoient ses admirateurs.

Prenez Haroun Tazzieff, cet écolo avant l'heure à qui Nicolas Hulot doit tout, qui toute sa vie garda les mêmes chaussettes de laine remontées sous le genou, de l'Islande au Kenya.

Prenez le Che, avec son treillis trop court, qui taxait les cigares de Fidel.

Prenez Benoît XVI, avec sa chasuble cousue d'or et de pierreries, il n'a rien de bon et là, je m'égare.

Prenez Martin Hirsch, secrétaire d'Etat aux solidarités actives (tiens, d'ailleurs, je ne sais même pas qui est secrétaire d'Etat aux solidarités inactives. Edouard Balladur ?), il n'a pas changé, malgré les ors de la République et la cravate.

Prenez Madonna, ambassadrice chez Chanel, qui n'hésite pas à jeter ses sous-vêtements à la foule de déshérités qui a dépensé quelques centaines d'euros pour être dans les premiers rangs.

Prenez David Douillet, qui a fait toute sa carrière en pyjama avant d'endosser le costume de député, il reste quand même parrain de l'opération "pièces jaunes".

Je pense donc sincèrement que Nicolas, peut être riche, influent et bon, bon et bling-bling à la fois, en tout cas, il nous montre ici qu'il sait l'être avec son fiston qui le mérite bien.

Et qui d'abord a laissé sa chance à Brice Hortefeu ? Même Dieudonné ne l'a pas fait !
Et qui d'abord a laissé sa chance à Frédéric Mitterrand ? Même Tonton, son véritable tonton à lui, en son temps ne l'a pas fait !
Et qui d'abord a laissé sa chance à Roselyne Bachelot ? Personne ne l'aurait fait !

Photo by Fantômette

mercredi 14 octobre 2009

Surréalisme créole



Deux grands débats agitent actuellement la société française :
• Jean Sarkozy est-il oui ou non un fils-à-papa ?
• Comment motiver les élèves à venir en classe de la manière la plus démagogique qui soit ?

Ne pourrait-on pas imaginer que les élèves les plus assidus soient adoptés par Nicolas Sarkozy ?
 
 

mardi 13 octobre 2009

Le Che m'a tuer

 
 



Le Che a tué l'ex-gauchiste que j'ai été, ce pro-révolutionnaire idéaliste et romantique qui jusqu'au début des années 1990 s'agitait pour faire bouger ses contemporains.
A ce titre, Che Guevara était pour moi, comme pour beaucoup, l'icône d'un esprit révolutionnaire et humaniste, le Robin des Bois latino-américain, le Mandrin de la jungle cubaine, le Tobin de la redistribution des terres.
Bref, un modèle. L'image d'un communisme à visage humain.

C'est ainsi que j'ai regardé récemment Che, 1 et 2, de Söderberg, en compagnie d'une jeune femme, trop jeune pour que la "Chute du Mur" ne représente autre chose qu'une première tentative d'échappée adolescente de chez Papa-Maman un soir de pleine lune pour que l'adrénaline soit à son comble, le portrait de Guevara un simple flocage très fashion-tendance, et pour qui l'esprit révolutionnaire se borne à se reparfumer avec un flacon de démonstration aux Nouvelles Galeries en gueulant "J'emmerde le grand capital" au vigile avant de se ruer sur les moins 20% du jour sur la nouvelle collection Kenzo.
Je fis ainsi preuve d'une grande indulgence, convaincu que la fibre révolutionnaire, même embryonnaire, ne doit pas se trouver entravée, et qu'à la moindre remarque désobligeante de ma part sur sa trop faible conscience politique, elle risquait de claquer la porte pour rejoindre une soirée mousse ou t-shirt mouillé, or j'attendais autre chose.

Ainsi donc, le Che m'a tuer. Autant le premier opus véhicule l'image du héros qui berça ma jeunesse au temps où Harlem Désir était encore noir et pas encore pote avec DSK, où la mode était au keffieh palestinien et pas au foulard Prada, autant le second épisode est décevant.

Il est beau, le Che. Maigre, élancé, il avance dans la jungle cubaine avec une retenue qui manque à Rambo dans la forêt vietnamienne, il est intelligent, il sait comment attaquer une caserne sans faire trop de victimes, comment convaincre les paysans de soutenir des guerilleros.

Il est bon et juste. Aux ados qui veulent se joindre à lui, il leur impose d'apprendre à lire et à écrire. Il interdit le pillage, le viol, la torture, et quand il prononce une condamnation à mort, c'est uniquement pour ceux qui détroussent les paysans et leurs filles. A ceux qui rejoignent la Havane à bord d'une rutilante américaine confisquée à des partisans de Batista, il intime l'ordre de faire demi-tour et de faire le trajet par leurs propres moyens, à pied s'il le faut.
En bon french doctor, bien avant Bernard Kouchner, il soigne les pauvres et les indigents, extrait d'un coup de pince à épiler l'asticot qui fouaillait l'œil d'un gamin cubain, non sans préciser qu'il s'agit là d'une manifestation des méfaits du capitalisme sauvage.

Il est beau, il est faillible, il souffre d'asthme, il est homme, il est bon, intelligent, humain, il ne boit pas, mange très peu, dort peu, il ne (baise) pas même cette jeune femme qui tient à être son aide de camp, il est franc, intègre, sincère, il ne fume que des cigares bio et cubains, il....

Puis voilà l'opus 2. Et là, franchement, ce n'est plus le même homme. On dirait Hamster Jovial et ses Louveteaux, un reportage sur un camp scout filmé par Jacques Rivette en 12 images/seconde, la peur et la menace qui étaient présentes dans le premier, laissent place ici à la morne installation d'un camp dans lequel la lutte contre l'ennui remplace la lutte contre de colonialisme capitaliste, le Che prend une hachette et construit une tente, un banc, une table, dans une forêt qui ressemble davantage à la forêt du Quercy (sans les truffes), ils meurent de faim et de soif alors qu'on semble voir de l'eau et de la nourriture disponibles à chaque pas.

Bien sûr, le Che qui progressivement se transforme en Jésus illuminé doté d'une barbe qui ferait pâlir d'envie Oussama, le Che reste bon, et même quand il oublie sa Ventoline au camp, il déclare qu'il n'est pas près de risquer la vie d'un homme pour sa propre santé, mais bof.

Il donne sérieusement l'impression de perdre les pédales, d'attendre ce qui ne vient pas, de s'emm... et nous aussi. Ce ne sont pas les Boliviens qui vont le sortir de son apathie latino-américaine. Parce que franchement, si les Espagnols ont découvert les Amérindiens avec les Boliviens pour premiers contacts, on comprend qu'il ait fallu convoquer une commission de spécialistes à Valladolid pour déterminer si oui ou non, les Boliviens étaient des hommes ou des animaux.
Ils ne sont heureusement pas nombreux, mais dotés d'une conscience politique proche de celle du lama (pas le Dalaï, qui lui parcourt la planète en robe orange pour qu'on retienne son engagement, non la bestiole locale qui crache et broute la barbe du capitaine Haddock), ils sont fourbes, prêts à vendre père, mère et guerilleros pour une poignée de maïs, ils sont sales, on dirait une caricature de notre progéniture après une semaine de camping sauvage, ils ne semblent pas comprendre le langage articulé, et même le parti communiste de La Paz ne comprend rien à l'importance et à la portée de leur lutte.
On finit par apprécier les soldats des services spéciaux américains qui se bougent un peu dans cette torpeur tropicale. Enfin de l'action.

Seul le passage éclair de Régis Debray, que l'on retrouve ensuite emprisonné en ville sans qu'on comprenne vraiment comment il y est arrivé donne une touche de civilisation digne de ce nom dans un film qui dégage un tel ennui qu'on n'attend qu'une chose, c'est qu'ils le descendent, le Che, parce que la belle invitée, qui pour tuer le temps, s'est plongée dans son sac à main après l'envoi d'une quinzaine de textos aux copains et copines, et ouf, d'en extraire un Cosmopolitan qui lui permettra d'attendre les premières notes du générique de fin, avant de déclarer péremptoire au cours de l'after "heureusement que tu as abandonné la lutte".

Je crois que la jeune génération est définitivement blasée et perdue pour la révolution.


 
 

lundi 12 octobre 2009

Le vilain petit canard

 
 

 
 
Le Canard règle ses comptes avec Danone.
Dans son édition du 12 août, Le Canard Enchaîné rapporte les conclusions d'une étude parue dans la revue scientifique "Nature" selon laquelle les probiotiques que l'on avale dans les Actimel et autres Activia ne sont en fait que les mêmes produits que ceux que l'on donne aux porcs et volailles pour accélérer leur croissance.

Comme dit Papa-Poule chaque matin et chaque soir à Petite-Princesse, "Allez Poulette, avale ton Actimel".


 

samedi 10 octobre 2009

Mon boucher est un artiste

 
 

 
 
"Mon boucher est un artiste"

Tous ceux de ma génération auront reconnu ce slogan publicitaire qui dans les années 1990 ornait les vitrines de boucheries et occupait notre petit écran avant et après PPDA alors encore jeune et fringuant.
Ben faites gaffe, les mecs, si vous êtes comme moi, j'ai peur qu'on vieillisse mal.
D'abord, je n'arrête pas d'être spamé pour du Viagra et des assurances décès. Ca fait mal. En même temps, j'ai parfois l'impression de devenir un vieux con rétrograde qui bientôt délaissera sa famille le dimanche matin pour aller laver sa voiture avant un jour, tard j'espère, voter Front National ou soutenir Benoît Hamon.
Sérieux, ça fait un peu peur, surtout si mon boucher est effectivement un artiste.

Jeudi dernier, Le Monde publiait les "bonnes pages" d'un certain opus de notre actuel ministre de la Cul(ture). Et franchement, pour ce que disent ces "bonnes pages", et la manière dont c'est dit, on peut légitimement se demander si un ministre en exercice, dont on peut attendre un minimum d'intégrité comme de toute personne publique, peut demeurer publiquement public. Mais bon, il l'a dit, il a peut-être fait une erreur, mais rien de plus. En même temps, on peut se demander si un éditeur aurait accepté de publier le même texte écrit par une personne pas publique.

Il en est de même pour un livre qui avait défrayé la chronique littéraire et médiatique et retraçait La vie sexuelle de Catherine M, elle aussi relativement intégrée au gotha médiatico-artistique. Personnellement, je m'en suis arrêté à la sodomie un jour de gastro, pensant alors avoir enfin connu la quintescence de l'art et de la création littéraire. Un livre écrit par un corps, par la main d'un corps. L'âme, dont on peut attendre l'art, étrangement absente, Catherine nous narrant ce que faisait et subissait son corps, sans jamais laisser penser qu'elle possédait une âme qui pouvait éventuellement participer à l'acte. Mais il est vrai que l'âme se laisse moins facilement pénétrer qu'un corps de femme, ce qui fait d'ailleurs toute la force des prises de position (non Catherine, c'est n'est pas la peine d'écrire le tome 4) de Benoît XVI.
Ceci étant dit, le principal argument à retenir ici est que, selon notre ministre de la Cul(ture), comme avant lui un ex-PDG de Nouvelles Frontières avait dit qu'on n'était pas un homme si on ne possédait pas une Rolex à 50 ans, nul ne peut blâmer notre ministre puisque tout le monde l'a déjà fait un jour. Je déclare donc ici devant témoins que je ne suis jamais entré dans un bordel, que je ne connais pas la Thaïlande, et que je n'ai jamais payé pour faire l'amour ni avec un homme, ni avec une femme. Je sais, je ne suis pas un homme, ma femme me le répète assez souvent.

Je me souviens à l'époque m'être demandé si les éditions du Seuil, qui pour moi défendaient une qualité littéraire autre que celle des éditions Gérard de Villiers, auraient publié ce texte s'il n'avait été le produit d'un corps par ailleurs connu (et visiblement reconnu) dans le monde de l'art, de la presse et des médias, et que ce corps avait à l'époque pour compagnon de libertinage un photographe très en vue dans le microcosme parisien.
Parce qu'il doit bien y avoir d'autres Catherine M. qui ont elles aussi une vie sexuelle peut-être plus intéressante (et mieux écrite ou mieux décrite) que celle d'une rédac' chef de Beaux-Arts Magazine.

Je me souviens également d'une intervention d'Orlan, vous savez, cette artiste franco-hollywoodo-stéphanoise qui se faisait greffer toutes sortes de postiches sous la peau du visage et diffusion directe et simultanée dans les plus grands musées d'art contemporain du monde pour dénoncer l'image et les usages socio-culturels du corps des femmes et le carcan de la chirurgie esthétique. Et en bon macho insensible à la portée artistique de certains gestes, lorsque l'an dernier je me suis aperçu qu'une de mes élèves portait des traces de strangulation et autres entailles à l'intérieur des poignets, j'y ai davantage vu une gamine en souffrance qu'un génie artistique en herbe. En d'autres occasions, trouvant une personne qui avait décidé d'en finir, c'est vrai que là encore j'ai eu le réflexe d'appeler le 15 et non le ministère de la Cul(ture).
Et je n'arrive toujours pas à considérer le rabbin qui m'a circoncis comme un intermittent du spectacle.

Depuis quelques années, "l'œuvre" du plasticien allemand Gunter Von Hagens, faite de cadavres polymérisés, découpés et écorchés dans diverses positions fait le tour du monde et suscite la polémique. Excusez du peu. S'ils avaient eux aussi appartenu au monde artistique et médiatique, s'ils avaient eux aussi été capables d'élaborer d'oiseuses théories esthétiques, le Dr Mengele aurait pu arguer du fait que s'inspirant des techniques ancestrales de l'ikebana et du bonsaï japonais, il expérimentait le bonsaï humain dans les camps de la mort, et Patrice Allègre continuerait à décimer la population des prostituées toulousaines pour dénoncer la place des femmes dans les sociétés méditerranéennes. Emile Louis n'a pas non plus déclaré qu'il luttait contre le désintérêt amoureux dont font l'objet les jeunes filles handicapées mentales.
Je ne compare pas. Je pousse le raisonnement un peu plus loin, simplement.

Mais c'était sans compter avec l'immunité artistique, concept juridique apparu ces derniers jours après l'arrestation de Roman Polanski en Suisse. Même notre ministre de la Cul(ture) est monté au créneau. Le seul qui ne se soit pas positionné sur le sujet à l'heure actuelle, c'est Bertrand Cantat. Allez savoir pourquoi ?
Eric-Emmanuel Schmidt, dans La part de l'Autre, explore beaucoup de pistes sur ce qu'aurait pu être la vie d'Adolf H(itler) s'il avait été reçu aux Beaux-Arts à Vienne. Mais il ne l'avait pas imaginé implorant droit d'asile auprès de l'Unesco en avril 1944.

Donc si dans un moment de fureur comme j'en traverse quotidiennement, je devais un jour m'en prendre à Fantômette à coups de cendrier en marbre parce que franchement, au niveau du repassage de mes chemises, elle ne fait aucun effort, ou si je devais un jour violer Petit Prince ou prostituer Petite Princesse, je tiens ici à faire valoir mon passé d'artiste maudit.
J'ai effectivement remporté à l'âge de 7 ans un concours de dessin organisé par un journal de l'Est de la France, dessin qui fut publié à la Une de ce même journal. Sauf que mes parents n'ayant pas gardé le moindre souvenir de mon enfance et de mes premiers émois artistiques, je n'ai plus ni ce journal ni le fabuleux tourne-disque orange (oui, c'était les années 1970, l'époque du vinyl et des couleurs flashy) qui constituait le premier prix de ce concours.

Mais au cas où, je pourrai le prouver.
Et je trouverai alors asile à la bibliothèque, dans le bureau des affaires culturelles de la mairie ou dans la salle des fêtes.

Donc, puisque mon boucher est un artiste, il n'y a pas de raison que je ne le sois pas aussi.

mardi 6 octobre 2009

Miroir, mon beau miroir…

 
 

 
 
Qui sommes-nous vraiment ?

Ce doux visage que reflète le miroir quand l'original a déjà disparu ?
Ce doux visage que l'on veut voir dans le regard de l'Autre comme le miroir de ce que l'on serait vraiment ?
Ce masque froid, lisse et sans relief, est-il vraiment le monstre abject que certains ont voulu faire de nous à force de culpabilisation et de machinations ?
Ce masque est-il l'image de ce que l'on est vraiment quand il n'y a d'yeux pour nous regarder ?
Ce doux visage n'est-il que l'illusion de ce que l'on veut montrer de soi ?
Ce doux visage n'est-il que l'illusion que l'on se donne de soi-même ?
Ce doux visage est-il vraiment le reflet de ce que l'on n'est pas ?
Ce doux visage qui tour à tour rit, sourit, embrasse ou pleure, est-ce vraiment soi que l'on réserve à quelques personnes seulement, une seule personne vraiment, quand les Autres ne connaissent qu'un masque de nous ?
Ou ce doux visage n'est-il qu'une chimère que l'on agite sous le regard des Autres pour leur faire oublier la grisaille et la rugosité de ce masque froid de chaux ?

Le contour de ses yeux s'est plissé d'une ride à chacun de ses enfants. Une patte d'oie longue et profonde s'est incrustée à chacune de ses vies. Faut-il qu'elle renonce enfin, qu'elle se résigne à jamais, à murer ce visage d'un enduit gris, pour masquer ses blessures et ses rides en cicatrices ? Ses paupières portent un sel qu'aucun soleil ne semble jamais pouvoir assécher. Parfois une larme emporte un peu de ce sel, mais les cristaux qui demeurent piquent encore ses yeux.

Est-elle vraiment plus belle, plâtrée, uniforme, crépie et décrépie mais inexpressive, que ce visage marqué de ces vies successives, banal et tant beau que laid, mais qui la révèle et lui donne un nom. Certains tournent la page et poursuivent leur chemin. Elle, elle admire ces hommes et ces femmes qui se nourrissent d'abord de leur ego, abandonnent les Autres dont ils se nourrissent avant qu'ils ne soient secs et vides de toute substance, qui ne doutent jamais ou masquent leurs doutes sous un enduit de mépris et de hauteur. Qui savent repérer les failles de l'Autre pour y glisser le drain par lequel ils vont s'en nourrir, utilisant la culpabilité et le reproche pour anesthésie. Elle les admire, en réclame un peu, et les hait.

Elle n'a pas pu tourner la page. Parce que chaque vie qui s'achevait clôturait un livre qu'il fallait jeter avant d'en ouvrir un autre et de buter sur la page blanche. Se relever, seule et nue, et entamer une nouvelle vie, un nouveau livre, faire sa mue, renoncer et porter le deuil. Prendre des rides. Certes, aujourd'hui, elle n'est pas belle, elle n'est plus belle, parce que la peau de son doux visage est flétrie, fanée par ces vies et ces morts successives plus que par le décompte des années. Son visage porte la marque de ce qu'elle a vécu, mais aussi de ce qu'elle n'a jamais vécu, de ce qu'elle a dû effacer, gommer, enterrer à chaque fois qu'il fallait fermer un livre inachevé. Elle s'est construit un visage de mortier qui la rend invisible, de celles que l'on croise sans les voir.

Bien sûr, son visage, son doux visage qui s'incruste dans le miroir, a perdu de sa fraîcheur et l'insouciance qu'on lui a enlevée avant même qu'elle puisse l'embellir. Ce visage, qui de loin peut sembler avenant, joli, désirable pourquoi pas, attendrissant sûrement, ce visage de près est imparfait, laid par endroits et sous certains angles, fragile, commun, banal, sans intérêt.
Son visage n'est pas beau, parce que certains, elle leur en veut, ont voulu, à coups de ciseaux, de remarques assassines et d'accusations parfois ignobles en faire leur objet.

Mais ce visage, c'est Elle. Il est ce qu'Elle est. Et c'est ce visage qu'elle croise parfois dans le miroir, pas cette face de chaux et de sable dont la vie l'a enduite pour la protéger et lui rappeler combien de vies elle a échoué auparavant.

lundi 5 octobre 2009

Retour de week-end

 
 

 
 
Luxe, calme et volupté.
Et si le vrai luxe, c'était l'espace ?

Elle est comme ça Fantômette, c'est rando ET thalasso.

samedi 3 octobre 2009

Les soleils de Petit Prince





 
 


 
Levé avant tout le monde chaque matin, Petit Prince mitraille le soleil à son lever.