lundi 17 juin 2013

Annualisation de l'improbable

Cinq ans et cinq enfants plus tard, le bonheur reste à la fois entier et à construire chaque jour.
Merci Fantômette, bon anniversaire de nous.
 

jeudi 13 juin 2013

Les marchands du Temple


Comme la Pâques des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.
Jean, 2, 13-16


Ainsi donc, en vacances près de Lourdes, une visite s'imposait.



A l'échelle mondiale, selon la World Religious Travel Association (WRTA), le secteur du voyage religieux pèse 18 milliards de dollars (près de 14 milliards d'euros), en incluant les déplacements, l'hébergement et les activités qui y sont rattachées, et concerne 300 millions de voyageurs dans le monde. En France, près de 51 millions de touristes, dont près de 20 millions d’étrangers, fréquentent chaque année les sites religieux et de pèlerinage.


Lourdes aujourd’hui, c’est 5 à 7 millions de visiteurs chaque année, 33 000 lits, soit la 2e capacité d’hébergement en France après Paris, 39% de la fréquentation hôtelière de la région Midi-Pyrénées.



Si la fréquentation continue à augmenter, elle se modifie cependant : les pélerins venus des pays émergents sont de plus en plus nombreux, et les voyages de groupe diminuent. Or ce sont ces groupes qui alimentent l'essentiel des dons faits aux sanctuaires, qui voient leurs ressources diminuer.



Mais Lourdes, c’est aussi le pôle français du commerce de souvenirs religieux. Avec 220 boutiques, soit une boutique pour 30 000 visiteurs, elle se place cependant derrière Notre-Dame de Paris ou le Mont-Saint-Michel pour la densité de magasins de souvenirs.


 Plasturgie chinoise, faux cuir et crucifix gothiques.

 Les magasins de souvenirs sont situés le long de deux rues menant au sanctuaire. Pour assurer leur fréquentation, chacune des deux rues est piétonne par quinzaine.

 Toutes les tranches d'âge sont visées.

 Artisanat local et fonds de tiroirs.
 Buis et bois de collection...

 Nécessaire de pique-nique...
 Cloches et kitsch pavillonnaire...
 Et bien sûr moulages de la Vierge, complets ou à terminer soi-même...


 Et 930 euros pour la statue de Bernadette agenouillée sur son mouton.
Tout y passe, l'imagination commerciale est un puits sans fonds.
S'il est un temple, ici, c'est celui du bon goût.

 Puisque tout se vend, Marilyn côtoie les Simpson...
 Et tous les arguments commerciaux sont valables.
 Dans une ambiance bar à hôtesses du Middle West des années 1950.
 Et Bernadette en Coucou Suisse.
Ou Vierges à assortir au papier peint et au canapé.
 
 Lourdes, c'est la Tour de Babel.
 95% des touristes italiens en Midi-Pyrénées se rendent à Lourdes.
 53% des Allemands.
 72% des Suisses.
Lourdes, c'est aussi une chaîne de télé, et la possibilité de commander une prière, un cierge ou de l'eau par internet.

 
Si l’eau de la grotte est gratuite, le commerce du récipient est florissant. L’eau est une simple eau de source, mais réputée miraculeuse (son emploi serait responsable de 49 des 67 miracles officiels). Certains avancent le chiffre de 10 000 mètres cubes d'eau qui quitteraient chaque année la grotte ou les robinets qui la bordent. Seuls les services du sanctuaire sont habilités à expédier l’eau de la grotte.




 Si l'eau ne se vend pas, ses dérivés font l'objet d'un commerce effréné. Bonbons à l'eau de la grotte, et sur internet, savon à la même eau.
Ici comme ailleurs, le Coca est payant.

 
C'est l'Œuvre de la Grotte, gérée par le clergé, qui vend au détail l'essentiel de la production locale de cierges (700 tonnes, soit 3 millions de cierges de 40 g à 70 kg). Les autres viennent... d'ailleurs.




 Les cierges allumés par les pélerins sont ramassés toute la journée pour laisser de la place aux suivants.
 Avec plus de 400 laïcs, les Sanctuaires sont le plus gros employeur de la ville.







mardi 11 juin 2013

Les copains d'abord



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Invitez quelques copains pour une soirée, et observez…

Il y a « les copains qui picolent » et arrivent chacun avec une bouteille de vodka et une bouteille de tequila, vous savez qu’ils picolent mais qu’ils ne boiront évidemment pas tout et que vous allez pouvoir remplir votre bar pour les quatre décennies à venir, bar qu’ils avaient déjà bien réassorti lors des soirées précédentes. Ce sont eux d’ailleurs qui vous ont dégoûté à jamais de la vodka et de la tequila. Ils n’apportent rien d’autre à manger qu’une boite de crackers Belin, mais de toute façon, comme ils disent, ils n’auront très vite plus faim.
-       J’espère que tu as de la place au congélateur, je viens de les acheter, il faut mettre les bouteilles au frais.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « les copains qui vident leur congélateur », et arrivent avec leurs glacières et quelques kilos de côtes d’agneau en limite de date de péremption. Bien sûr, ils n’ont pas le charbon de bois qui va avec et vous allez devoir racler les fonds de pots de béarnaise et de sauce barbecue, vous allez passer la soirée dans les fumées de graisse de mouton et il en restera encore quelques kilos demain qu’il faudra jeter parce trop de mouton tu le mouton.
-       J’espère que tu as de la place au congélateur, il faut les mettre au frais, j’ai peur qu’elles finissent de tourner.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « les copains qui arrivent les mains vides », en général parmi les premiers, ce sont les « copains tête-en-l’air », en général toujours les mêmes, qui oublient systématiquement d’apporter quelque chose mais n’oublient jamais de venir.

Il y a « les copains qui font garder leurs gamins » de manière exceptionnelle et qui espéraient du coup s’encanailler comme quand ils avaient 20 ans, tiens d’ailleurs ils ont acheté une barrette rien que pour ce soir, et qui tirent la gueule parce que l’autre est venu avec ses gosses, et que franchement ça se fait pas, quand on a des gamins, on assume, on les fait garder ou on reste chez soi, à cause d’eux on va pas pouvoir s’amuser et d’ailleurs je comprends même pas qu’elle ait amené sa fille, faut toujours qu’on ait les gosses des autres dans les pattes,
-       Et après on comprend qu’il y en ait qui craquent et qu’on retrouve les gosses au congélateur.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « les copains Picard » qui pillent le magasin avant de venir et arrivent, en général tard, les bras chargés de petits fours, mignardises et autres macarons et qui squattent votre four, votre table de cuisine déjà bien encombrée, votre vaisselle que vous ne comptiez pas sortir, vos plats, tourtières et autres tôles qui ne passent pas au lave-vaisselle, question de format, et que vous allez devoir gratter et laver le lendemain, au milieu des chips écrasées, avec la gueule de bois, sous l’œil quelque peu éteint des quelques kilos restants de côtes d’agneau figées dans la graisse d’agneau qui n’ont pas été mangées. En plus de la surveillance du barbecue, vous allez devoir gérer le timing décongélation-réchauffage-cuisson.
-       J’espère que tu as de la place au congélateur, je viens de les acheter, il faut les mettre au frais.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « les copains bio-végétariens » qui viennent avec ce qu’ils ont préparé, quiche au quinoa, cake au soja, pâtes de fruits carottes-aspartam, et qu’il va falloir savamment présenter au milieu du reste pour que ce soit consommé, comme ça, par erreur, parce que sinon ça va rester et que de toute manière, ils ont décidé que ce soir c’était fête, et que vos toasts au foie gras étaient quand même trop bons, mais que non, ils ne veulent pas goûter les côtes d’agneau.
-       En même temps, s’il reste du tofu, c’est pas grave, tu pourras le mettre au congélateur.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « la copine originale », qui a voulu faire original et a tout prévu pour le dessert, des coupes de glaces meringuées
-       Mais tu comprends, il faut que je les fasse au dernier moment, t’as de la place au congélateur ?
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « les copains qui boivent que de la bière », et qui arrivent avec leurs trois packs de vingt-quatre bouteilles, chaudes évidemment.
-       Ca te gène pas si je mets les petits fours sur le bord de la fenêtre pour faire de la place au frigo ? Et le champagne, je le mets au congélateur, parce que sinon, là, les packs, ils rentrent pas.
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.

Il y a « le copain de beuverie », un peu paumé, à qui tout le monde envoie des textos et laisse des messages pour savoir s’il a pas oublié la soirée, parce que voilà il est déjà 23 heures et que beaucoup s’inquiètent, et qui finit par décrocher parce que tout va bien, il n’a pas oublié, mais il est un peu sorti hier soir, alors il avait besoin de faire une sieste, ben oui, il est 23 heures et alors, j’arrive, j’arrive, il arrive à une heure du mat’, une bouteille de Malibu à la main.
-       J’espère que tu as de la place au congélateur, tu comprends, j’ai pris ce que j’avais, mais elle était pas au frais, et chaud, c’est dégueulasse (tu m’étonnes !).
-       Ben non, je viens de rentrer un demi-mouton de chez Spanghero, ils sont beaux cette année, mon congel’ est déjà plein jusqu’à la gueule.


Il y a « le copain dépressif », qui arrive épuisé à 21 heures parce que tu comprends il a dû aller faire des courses pour sa fille qu’il voit une fois par mois et qui vient demain, et que pour commencer, il veut bien un café, sauf que là déjà vous avez envie de lui crier qu’il charrie et de lui balancer une côte d’agneau à la gueule, parce que vous êtes au barbecue, au four, aux petits-fours, à l’optimisation de l’espace pour le rangement des packs de bière et que par contre, il y a de la vodka et de la tequila. Et même du Malibu. Sans glaçons.


Nath&Fab, écrits à 4 mains.

dimanche 9 juin 2013