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mardi 22 juin 2010

La sardine du Vieux Port


Il fut un temps pas si lointain où Fantômette ne pouvait se passer ni de mon corps, ni de ma conversation par laquelle elle puisait dans l'immensité de ma culture telle Cosette remplissant le tonneau des Danaïdes.

Ô temporis, notre couple a vieilli, mon corps s'étiole et le puits de ma culture s'apparente désormais à un marigot sahélien dans lequel viennent s'ébrouer veaux, vaches et gnous. L'intérêt de ma conversation ne se résume plus désormais pour Fantômette qu'à profiter de ma logorrhée et de mon temps sans cesse croissant de réflexion pour se plonger dans son livre, téléphoner à une copine ou regarder un épisode de Desperate Housewives.
Consciente de plus que je suis actuellement handicapé manuel, aussi me demanda-t-elle la semaine dernière, sachant que le temps de ma réponse serait d'autant plus long : "- tu connais l'origine, toi, de la sardine du port de Marseille ?"

De plus, en ces temps où à peine clos le nécessaire débat sur l'Identité Nationale, des joueurs aux origines douteuses se permettent d'insulter leur entraîneur et de faire des caprices au lieu de défendre les couleurs de notre chère Patrie en tapant dedans un ballon, peut-être est-il juste et nécessaire de rappeler ce que nous devons à certaines communautés étrangères, précisément, maghrébine, que nous accueillons à bras ouverts dans notre beau pays : les chiffres arabes, le papier, la construction du Futuroscope par Charles Martel en 732, les 1001 Nuits, l'escroquerie aux Assedics, les concours de voitures brûlées et le chèque, mais aussi, aussi, la sardine de Marseille.

Tout le monde connaît Hannibal, ses éléphants, et le serment que, selon Tite-Live, il aurait fait à son père Hamilcar : « Je jure que dès que l’âge me le permettra [...] j’emploierai le feu et le fer pour briser le destin de Rome."
On dirait Jean Sarkozy remerciant son père.
Or, on l'a vu, il ne faut jamais rien promettre à son père.

A 25 ans, considérant qu'il a atteint l'âge de manier le fer et le feu, et que s'il veut être rentré à temps pour la finale de la Coupe du Monde il n'est que temps, Hannibal passe donc les Colonnes d'Hercule comme d'autres le Rubicond à la tête d'une armée de plus de cent mille hommes et 37 éléphants.  L'historiographie n'a retenu que la présence de ces pachydermes, mais le cortège comptait également de nombreux dromadaires, chevaux, ânes, puces domestiques, acariens, poux, esclaves numides et femmes.


En raison de la résistance des indigènes, de la douceur du climat qui n'est pas sans rappeler celle de sa patrie et d'une addiction prononcée à la salade de fruit locale que les autochtones nomment "sangria", il lui faut près de deux ans pour traverser l'Ibérie, d'où le proverbe "Au plus fort de l'ibère, songe au printemps."

En bon maghrébin qu'il demeure, Hannibal manie à merveille les chiffres arabes, se vantant d'ailleurs de pouvoir calculer du premier coup et sans erreur, le montant de ses impôts sur le revenu, impôts qu'il ne paie d'ailleurs plus depuis qu'il a imposé à Carthage un système fiscal inspiré du "bouclier discal", inventé par un chef gaulois aussi gesticulant qu'arrogant, nommé Sarkosix.

Ainsi donc, à l'approche des Pyrénées et du changement d'opérateur, il se trompe dans la conversion des coordonnées GSP de Rome des chiffres arabes en chiffres romains, imposant à son corps défendant et à son armée un détour par le défilé de Ronceveaux le jour où les Basques y fêtent la Saint-Firmin, patron local, à coups de concours de force, de chants virils et d'alcool de cerise. Ne lui jetons pas la pierre pour cette erreur de paramétrage, car souvenons-nous qu'Hannibal était maghrébin et de plus, borgne.
Or, la téciture des chants basques dont la mélodie échappe aujourd'hui encore à un non-natif de la région et à toute oreille civilisée n'est pas sans rappeler aux éléphants le cri de l'hippopotame en chaleur, ce qui provoque la panique chez les pachydermes qui se mettent à barrir durant la traversée du défilé. Les Basques, qui  n'étaient déjà plus en état de conduire et de saisir le sens de la scène à laquelle ils assistèrent, et par ailleurs jamais à cours d'histoires qui puissent flatter leur bravoure supposée et leur irrédentisme régional affirmé, firent de cet incident le récit mythique d'un Roland assailli par plus forts et beaux que lui, et aujourd'hui encore, se livrent, faute d'éléphants élevés dans la région, à des courses de vachettes, et commémorent chaque année l'ambiance qui régnait ce jour là dans le défilé de Ronceveaux, foule en délire, viande saoule, odeurs capiteuses de vomi, de pisse sur les murs et d'alcool bon marché, lors des fêtes de Bayonne.

Mis en retard par ces contre-temps et peu au fait des coutumes polythéistes des gaulois, goths, ostrogoths et anglo-saxons d'adoration des dieux Soleil, Piz-Buin et Bikini, les armées carthaginoises traversèrent le sud des Gaules lors du chassé-croisé du 15 août, ce qui provoqua un bordel monstre et un regain de ferveur pour le dieu des voyages Sanglier Futé.

Cependant, la principale manifestation de cette incompréhension culturelle eut lieu lors du massacre de la population de Massalia, cité grecque fondée par les Turcs de Troie, que le grand cric me croque. En effet, Hannibal tomba sous le charme de cette cité dont l'atmosphère, les bruits, les odeurs, le caractère cosmopolite et bon enfant lui rappelaient tant son Maghreb natal.
Pour un peu, il en aurait oublié les raisons de son voyage, détruire Rome.
Or, alors qu'il se reposait à une terrasse du Vieux Port en sirotant une boisson locale à base d'anis et autres nutriments régionaux, Hannibal pensa échapper à un attentat, ce qui provoqua ensuite le massacre de la population massaliotte, comme il le relate dans son récit de voyage "Ma guerre des Gaules à moi" :

Alors qu'Hannibal Le Grand [ainsi se nomme-t-il tout au long de l'ouvrage, NDLR] se reposait de sa sauvage chevauchée au mépris du danger et des moustiques de Camargue, songeant déjà aux nombreuses victoire qui l'attendaient, Il fut victime d'un lâche attentat commandité par le syndicat des brasseurs de cervoise locaux, nommé le Milieu Marseillais, et commis par trois hommes de main, immédiatement arrêtés et torturés, Ceasar, Panisse et leur chef Marius.
S'étant subrepticement approchés du Grand, ils lancèrent une bille de bois de faible diamètre qui roula sous sa table, suivie de boules d'acier d'un diamètre et d'un poids conséquents au cri de "Tu la tires, ou tu la pointes ?"
Pris de panique, Musardine, le fidèle éléphant d'Hannibal se cabra avant de tomber dans le Vieux Port et de s'y noyer.

Traduction et notes de JF Champollion, éditions des Belles Lettres.

Hannibal, qui vouait à son éléphant un amour que jalousait chacune des femmes de son harem se jeta dans le port au cri de "Musardine, Musardine !" pour tenter de sauver sa monture, puis, de dépit et de colère, fit aussitôt regrouper l'ensemble de la population qui fut passée par le fil de l'épée sous les ordres de son vizir ibn' Shishoun.

L'histoire se répéta en 1943 sous l'occupation allemande. Otto Von Wagen, colonel allemand avait pris goût au soleil, à l'anisette et aux Marseillaises qui le courtisaient en raison d'une mauvaise compréhension de la langue de Goethe. En effet, Otto avait ses habitudes, son fume-cigarettes et sa table en terrasse au Bar de la Marine. Gros buveur, il avait passé un accord tacite avec le patron qui lui servait le pastis au mètre, lorsqu'Otto commandait "ein Meter, Bitte !", phrase sur laquelle se méprirent de nombreuses Marseillaises et certains Marseillais aux moeurs douteuses qui pensaient que le Bar de la Marine hébergeait une réincarnation de Priape de dimension métrique cachée dans la culotte de cheval de l'uniforme de l'officier SS.
Aussi, pris de fureur et de boisson, il ordonna la destruction du quartier du Panier lorsque roula vers lui une boule de pétanque que son cortex clapotant dans l'anisette identifia pour une grenade à fragmentation, certes défectueuse, mais non germanique.

Rappelons qu'il fallut l'intervention de la communauté scientifique et l'Imagier du Père Castor pour que Jean-Claude Gaudin, ancien maire de Marseille, accepte de reconnaître que les ossements exposés à la Mairie n'étaient pas ceux d'une sardine géante pêchée dans le Vieux Port, mais de Musardine, l'éléphant d'Hannibal, avant que la population ne soit massacrée par ibn' Shishoun.

D'où l'expression actuelle "Arrête, t'as vu la sardine du port de Marseille, fan de chichoune !"

mardi 26 janvier 2010

Sorbets d'usage

 
 

 
 
Notre vocabulaire s'enrichit chaque jour :

- Tahitien : nom masculin, désigne un habitant de Tahiti en Polynésie Française. En créole caribéen, formation linguistique qui par contraction désigne un tas de gravas en Haïti.

- Improglio : couac médiatique né de la confusion des genres et des idées, d'intérêts privés et d'argent public entre copains du monde économique et politique.

Passé de Véolia à EDF avec la bénédiction du petit Nico et de la ministre de l'économie, Henri Proglio met de l'eau dans le gaz. C'est un improglio.

Voir aussi à Claude François, qui le premier s'est penché sur une fusion d'EDF et de la Lyonnaise des Eaux.


- Epad : établissement public destiné aux fils-à-papa qui ont raté l'Ena, désigne aussi la volonté d'un père de protéger son fils, juriste de haut niveau qui triple sa première année de droit dans une université privée, pratique très fréquente dans certaines dictatures tribalo-familiales africaines subventionnées par la France et acculturée en métropole par Nicolas Sarkozy.

"Ce type est épadant !", désigne à la fois un fils à papa et un bon parti pour une fille de bonne famille.

En ado vernaculaire, "tu m'epad !" a remplacé "je te kiffe !"


- FT : dans le système de communication de la médecine d'urgence, une TS désigne une tentative de suicide. FT est le synonyme de cet acronyme en médecine du travail. FT, pour France Telecom.

• J'ai encore eu une France Telecom chez SFR aujourd'hui.
• Arrête tes conneries, j'te crois pas.


- Bessonnade : couac médiatique et politique, intervention désordonnée des forces de l'ordre en dehors de tout respect des procédures judiciaires auprès de touristes étrangers et basanés déambulant sur les plages corses hors saison quand les paillottes sont fermées.
Le Pen, dont l'œil de verre semble parasiter le sonotone, parle à ce sujet de "tsunami migratoire."

Synonyme de ratonnade, terme de moins en moins usité depuis la disparition de feu Maurice Papon.

- Fillon : nom masculin, terme psychiatrique, désigne le syndrôme de l'Homme invisible décrit par le docteur H.G. Wells. Désigne ce dont on retient le nom, mais que l'on ne voit plus.
Registre familier, fréquemment utilisé par les femmes entre elles pour désigner leur mari ou compagnon après quelques temps de vie commune. Remplace de plus en plus le terme de "régulier".

Tiens, j'ai aperçu ton fillon en ville, hier.

- Personnel de direction : désigne la placeuse à l'opéra, le chien-jaune sur le tarmac, mais aussi le chef, personne qui exerce une autorité arbitraire du fait de sa position hiérarchique et non de ses qualités propres, se trouve un peu partout pourvu qu'il puisse jouir de son statut et nuire de son incompétence sur des subalternes qu'il se charge d'infantiliser pour éviter toute mise en place d'un climat de confiance mutuelle qui pourrait déboucher sur une synergie efficace.
Voir : partout autour de nous.

"Il faut faire d'internet la vitrine de notre établissement. J'ai tout effacé."

 
- Farces et attrapes : anciennement débit de mirlitons et chapeaux pointus ayant pignon sur rue, désigne aujourd'hui un pseudo-échange courtois de propos gracieux au coin du feu dans les studios de TF1 entre un panel représentatif de Français militants de l'UMP et le Président de la République.

"Ah les cons !", Edouard Daladier, descente d'avion, septembre 1938, de retour de Munich, et Nicolas Sarkozy, hier soir, sortie des studios.

- Bayrou : nom masculin, désigne chez les Helvétiques une personne ou un animal qui se montre à intervalles réguliers avant de disparaître. Surnommé le Coucou en Suisse et dans la région de Pau.

- PS : littéralement "pas de sens", désigne le chaos, comme état originel et bordélique de la matière avant que Dieu n'y mette un peu d'ordre dans la Genèse, ensemble incohérent et totalement désordonné dans lequel chaque constituant s'agite de sa propre énergie et de son propre discours.

Dès ma descente d'avion, ça m'a rappelé le PS.
Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères, conférence de presse de Port-aux-Princes.
 
- Hadopiste : adjectif, désigne un projet avorté qui ne voit jamais le jour, même en téléchargement légal. Synonymes : H1N1, voir à Roselyne.

"J'en ai marre, ce truc, c'est pas l'Arlésienne, c'est carrément hadopiste !"
Réplique de l'agent Scully à Fox Mulder au cours de la 2934e nuit de veille dans un champ du Michigan dans l'attente de l'atterrissage d'un Ovni "pressenti" par Mulder, et que pour la 2934e nuit d'affilée Dana Scully bivouaque dans les blés en attendant que Fox se jette sauvagement sur elle après avoir ouvert son sac de couchage avec la même fougue que celle qu'il met à ouvrir chaque Body Bag susceptible de contenir les restes cuits, crus ou concassés de l'Homme de Rosswell et de retrouver enfin sa sœur.
X-Files, Sourate de la colombe, Verset 12.

- Roselyne : synonyme d'hypocondriaque, désigne une personne qui guette les maladies virtuelles de son nombril bien réel et stresse ainsi son entourage de ses craintes infondées de maladies sérieuses ou rigolotes qui, à l'entendre, préfigurent la fin du monde et la 13e plaie d'Egypte.
Synonymes : voir Hadopiste


• Non, chéri, pas maintenant, j'ai la migraine.
• Allez viens, fais pas ta Roselyne.



- Burqa : à l'origine vêtement féminin propre à certaines régions musulmanes de l'ancienne Perse, désigne également un leurre politique, sujet de débat démagogique destiné à donner au peuple l'occasion d'exprimer sa haine de l'étranger qui, par définition, n'est pas comme lui.
Version française du minaret suisse.

"Au café du commerce, la burqa est reine." Charles-Amédée-Dominique de Villepin, ClearStream, Mémoires et aphorismes, pourquoi Nico n'est qu'un con, p. 367.
 
 

lundi 4 janvier 2010

Rentrée



Il y a des jours, comme ça.
Rien ne va.
Rien ne va plus.
La lumière se diffracte et les lignes se brisent.
C'est la rentrée.

Courage à vous.
Tous.

Et bon anniversaire à Bibiche K.

mardi 31 mars 2009

Shit cosmique



J'suis pas misogyne. Je crois pas.
Mais je suis pas masogyne non plus.

Un matin comme ça, où ni la chaleur du corps de Fantômette, ni la voix du journaliste qui se cache tous les matins dans le radio-réveil ne parvenaient à me donner le courage de m'extraire du lit, il a suffi que j'ouïsse (non, non, vérifiez, l'apostrophe fait toute la différence) une info pour me retrouver debout.
Selon une étude scientifique, il suffit qu'un homme regarde fixement une femme plus de huit secondes et deux dixièmes pour que la dame en question sache que yess, ça y est, il a le coup de foudre. Quelques savants croisements-décroisements de jambes pour faire remonter le string et descendre le taille basse, et toc, l'affaire est dans le sac.
Pas mal, non ?

Ben non.
Parce que les femmes, elles peuvent regarder fixement un mec pendant cinq minutes, ça ne veut rien dire. Rien. Le temps est le même chez une femme, qu'elle se dise "Quel con !" ou "Quel homme !"

Quand je pense à ce que je ressentais quand Fantômette me regarde fixement avant de lever les yeux au ciel ou de hausser les épaules, ça me terrifie.

Donc à partir de désormais, c'est scaphandre anti-radiations et anti-feedback sentimental, et psychotropes pour oublier.

jeudi 5 février 2009

Crise de l'immobilier



Urgent, couple de fonctionnaires, solvable, vend T3 au meilleur prix et recherche T6 à prix encore meilleur.

Grâce soit rendue à Fantômette pour une chose au moins, c'est de nous avoir permis, en quelques mois seulement, de sortir de quarante et quelques années de crise œdipienne. Si, si. Même si le prix de quelques mois de vie avec elle dépasse certainement celui de quarante ans d'analyse psychanalytique bi-hebdomadaire, c'est fait. Et bien fait.

C'est pas difficile, depuis que Fantômette est là, mes parents aussi. Tout le temps, ou presque. C'est miraculeux. Ils ne nous lâchent plus. A ce rythme là, ils appelleront encore au mois d'août pour venir le dimanche midi apporter une galette des rois.

Ils appellent sans cesse, alors qu'avant, ils oubliaient mon anniversaire.
Ils m'appellent moi. Pour avoir des nouvelles de Fantômette.
Genre bulletin de santé quotidien, comment va-t-elle ? son dos va mieux ? j'ai parlé d'elle à mon médecin, elle devrait peut-être… ? elle n'a pas trop de travail, en ce moment ? ça ne va pas lui faire trop de boulot, cette nouvelle réforme de la recherche de 3e cycle ? j'espère que tu prends soin d'elle et que tu la laisses se reposer…
Merci Maman.
Et moi, là dedans, je suis quoi ?

J'ai une tendinite après une sortie raquettes organisée POUR Fantômette, genre aventure pyrénéenne extrême dans les solitudes hivernales pour celle qui rêve d'explorations polaires et du camp de base de l'Everest, mais bon, "toi, c'est pas pareil, tu fais peu d'heures, alors que Fantômette bosse 37 heures par semaine, elle n'était pas trop fatiguée lundi matin ? En plus, il faut qu'elle s'occupe de ses enfants."
Merci Papa. Moi aussi, j'ai deux enfants, d'ailleurs, ce sont aussi tes petits enfants, et c'est vrai que chaque soir je squatte le canapé, la bière et la télé de Fantômette à zapper entre Eurosport, M6 et les chaînes cryptées pour adultes. Mais le survet', il est à moi.

Le téléphone sonne encore. "Dis-donc, ça ne vous dirait pas qu'on se retrouve à cet endroit, cet été, ça pourrait plaire à Fantômette, et on vous aiderait, comme ça elle pourrait se reposer… On s'est déjà mis d'accord avec ses parents, on louerait un gîte ensemble."
Et je fais quoi, moi, je les dépose et je rentre ?
C'était quand, nos dernières vacances en famille ?
Et d'abord, d'où qu'ils sortent que Fantômette est toujours fatiguée alors que son coup de barre quotidien ne tombe brutalement, avec une régularité de chronomètre helvétique, que le soir, précisément au moment où les enfants sont enfin couchés et que nous retrouvons enfin seuls. Alors, comme qu'ils peuvent le savoir ?
Ils sont médiums, ou Fantômette a commencé à entretenir sa belle-mère de mes ardeurs soit-disant trop fréquentes ?

"On va venir faire les derniers travaux de peinture chez Fantômette avec ses parents, comme ça elle vendra plus facilement."
Ben tiens, je vous attends toujours pour repeindre la chambre des enfants !

Les photos de Fantômette font le tour de la famille. J'existe de nouveau, enfin, des fois, nous sommes tous les deux sur les photos. Ils redécouvrent que j'ai été enfant, que j'ai eu une enfance, ressortent des photos du blondinet que je fus avant les ravages d'une calvitie précoce, mais c'est pour raconter à Fantômette.
Putain, merci de vous en souvenir quarante ans plus tard et de n'en parler qu'à elle !

Bref, merci encore à toi, Fantômette, grâce à toi, à ta présence, à ta bonne humeur et à ta joie de vivre, mes parents sont enfin sortis de leur crise œdipienne.
Quand à moi, je crois que je devrais me marier avec une psy, j'en ai sûrement pour un bon moment.

vendredi 25 juillet 2008

Södöme et Gomörh



Un lecteur chagrin écrivit ici un jour sur un ton sarcastique que j’avais une vie palpitante.
Ben non.
Ben si.
Pas plus tard qu’hier, une lectrice de ce blog, que nous appellerons JF pour ne balancer personne, JF pour Jeune Femme, pas pour John Fitzgerald, donc hier, JF, au demeurant jolie et d’agréable conversation, m’a fait une demande de mariage en bonne et due forme. Oh, pas une demande enflammée, non, une demande toute simple et désinterresseé. JF souhaiterait m’épouser à la veille de mon trépas annoncé pour toucher les droits d’auteur sur la logorhée que j’épands sur ce blog.
Un mariage en viager, en quelque sorte.
Qu’elle sache d’emblée qu’à titre exceptionnel, elle peut demander un mariage à titre posthume. Qu’elle se renseigne néanmoins auparavant sur les conditions de transmission des mes biens et valeurs, on ne sait jamais.
Nonobstant, je voudrais rappeler à JF qu’il y a un cheminement vers le convolage en justes noces marqué d’étapes aussi importantes que celles du chemin de croix du Puy-en-Velay. Qu’elle ne se décourage pas pour autant.

Tout d’abord, la présentation de JF aux enfants.
- Mes enfants, je vous présente JF, dont j’entends faire mon épouse légitime à brève échéance.
En fait, tout ce qu’on entend dans ces cas là, ce sont les cris et les pleurs des enfants qui sombrent dans une profonde dépression à l’idée que JF puisse les déposséder de leur Pôpa. En fonction de l’âge et du mode éducatif choisi, les enfants peuvent également s’enfermer dans un rejet et un autisme adolescent dont ils ne sortiront pas avant la fin du cycle œdipien à l’approche de la quarantaine.

Puis vient la présentation de JF aux parents, futurs beaux-parents potentiels et assermentés. En fait, ils ont déjà en main la fiche de police depuis que vous avez annoncé au téléphone que vous viendrez avec JF : profession, profession des parents, situation familiale, enfants ou pas enfants, situation professionnelle, CDI ou CDD ou mieux encore fonctionnaire, 13e mois ou RMI, locataire ou propriétaire… Et la dernière question, qui semble sans intérêt à leurs yeux
- Elle est jolie, au moins ?
Auparavant, vous avez bien précisé que non, ce n’est pas la même JF que la semaine dernière, ce qui a pour effet de solliciter la mémoire de Pôpa et Môman dans le cadre de la prévention d’Alzeimer, qui de toute façon gafferont en l’appelant du prénom de celle d’il y a trois semaines, si, celle qui était si bien, tu sais bien, cadre dans la banque avec sa Smart ForTwo et permettra néanmoins à Môman d’être fière et de dire
- Moi, mon Fils, il plaît aux femmes.
L’explication en tête à tête suivra sur le trajet du retour après un café en famille écourté pour cause de subite migraine.

Vient ensuite la présentation de moi aux parents de JF, ce qui, selon la JF en question, le stade œdipien plus ou moins achevé entre JF et sa Môman et le degré d’engagement de JF, peut prendre de quelques semaines à quelques années.
Discussion purement formelle, puisque eux aussi ont une fiche de police, pendant que futur beau-papa potentiel sombre dans le Pastis à l’idée de voir partir sa fille et que belle-maman potentielle observe le gendre potentiel derrière des lunettes de soleil aussi opaques et réfléchissantes que les vitres d’une voiture présidentielle en pensant très fort
- Cette fois-ci, j’espère que c’est le bon.

Puis vient l’étape décisive, celle qui détermine un avant et un après, c’est la première sortie chez Ikéa. Ca passe ou ça casse. Etape longtemps remise, parce qu’on veut encore vivre quelques temps de ses illusions avant de découvrir vraiment JF, la vraie JF, dans son milieu naturel. Et un jour, on sait qu’il faut y aller.
D’abord, l’invitation s’avère davantage une convocation.
- Le mieux, ce serait que tu passes me chercher à la sortie du boulot, comme ça on pourrait y aller tous les deux, avec une seule voiture.
Bien sûr, c’est la meilleure heure, je vais fusiller mon après-midi à vider le coffre de ma voiture, à rabattre les sièges et à me taper les bouchons de la sortie des bureaux. Super.
Un petit bisou furtif pour ne pas ternir le maquillage refait de neuf juste avant, puis en route pour les bouchons, parce que de toute façon, on ne pouvait pas y couper. Le demi-Lexomil préventif commence à faire effet, les bouchons s’écoulent sans encombre, le parking ne paraît pas encombré même s’il faut se garer au 4e niveau après trois quarts d’heure de vaine recherche, l’escalier monumental qui permet de passer du monde des vivants au show room du goût suédois passe sans encombre non plus. 18h30
De toute façon, à partir de là, on en prend pour des heures. A essayer ensemble des canapés sur lesquels on aimerait pouvoir s’endormir, à visiter des chambres et à regarder JF s’assoir et sautiller discrètement sur les lits en se disant qu’IKéa pourrait sans problème passer un contrat de partenariat avec Meetic et le Planning Familial.
Mais on n’est pas là pour se laisser aller à ses pulsions autres que consommatrices. De toute façon, Ikéa me rappelle que son parquet Tundra est emprunté chaque semaine par 35.000 personnes, et que je ne suis pas le premier.
La liste s’allonge, et on se dit que ce soir, même si on n’est pas invité à passer la nuit, on sera au moins cordialement invité à monter à l’appartement de JF, plusieurs fois même, parce que les 78 kilos de la bibliothèque Lïnden en 2 colis ne vont pas franchir seuls les quatre étages sans ascenseur.
Pour passer le temps pendant que JF farfouille parmi les merdouilles savamment disposées en une esthétique mise en scène colorée et mise en lumière, on se prend à lire les étiquettes, et là encore, on se demande s’ils ne cherchent pas tout bonnement la provocation. JF tourne et retourne le vase seventies Braquemär pendant que je reste assis sur le fauteuil Missionär.
Je fais mine de m’interesser à la cuisine Södöme pour prendre discrètement le restant de Lexomil avant d’entreprendre la descente de l’escalier, pas celui qui mène à la porte et au monde des vivants, non celui qui mène au libre-service. Jusque là, tout va bien, le test est positif, pas d’engueulade, et il n’est que 20h30. Mais je sais que ce qui nous attend sera long et difficile. Objectif : remplir le caddie.
Ce qui devrait prendre une bonne heure au bas mot, avant la troisième étape, celle du dépôt, où il faudra parvenir à identifier la case A24 pour en extraire les 78 kilos de la bibliothèque Lïnden. Mission accomplie. Vous avez remarqué comme les caddies Ikéa sont particuliers : vides, ils roulent tellement bien qu’on peut faire la course comme en skate. Chargés, ils se mettent à rouler de travers, obligeant à une torsion constante de la colonne vertébrale.
Le passage aux caisses est notablement retardé parce que JF regrette le petit chevet qu’elle a vu au dessus, si le petit vert et carré, mais merde, essaie de te souvenir. Recherche dans le catalogue pendant que je me repose assis sur les cartons Lïnden avant d’établir qu’il se prénomme Märre et se trouve en F8, mais que le guéridon Fätig finalement préféré se cache en C32.
Le reste de la soirée se passe de manière conventionnelle. Retour enjoué aux côtés de JF dont les yeux pétillent à l’évocation de ses multiples achats dans une voiture qui ne roule plus que sur ses deux roues arrière sur un périphérique notoirement moins encombré à 22h00. Les quatre étages sont là, les cartons aussi.
- Je suis sûre que tu aurais aimé une bière fraiche, mais j’en ai pas.
Tant pis, je sais ce qui m’attend maintenant. La porte de la chambre de JF reste fermée. Les cartons aussi, entassés dans le salon. Mais je sais que si je veux que la porte de la chambre de JF s’ouvre à moi, il faudra d’abord ouvrir les cartons. Et monter la bibliothèque. Tel James Bond, j’empaume ma visseuse-dévisseuse et officie dans mon rôle d’homme. JF me dit que je suis beau. Mais je sais qu’elle parle de celui qui monte sa bibliothèque en transpirant sous son T-Shirt tout en essayant de ne pas éveiller la colère des voisins par du bricolage nocturne, pas de moi.
1h20 Parce qu’une bibliothèque vide, c’est pas beau, parce que JF brûlait d’envie voir son intérieur installé plus que de moi, il a fallu ranger les livres, déplacer le canapé…
La porte de la chambre de JF s’ouvre, mais il est tard, il faut se lever tôt, “tu dois être fatigué” m’entends-je dire et un chaste sommeil s’impose.

Donc, chère JF, un certain nombre d’étapes s’imposent avant d’accepter un contrat de mariage en viager.

mercredi 25 juin 2008

Un nouveau petit homme vert


Ca s'est passé la semaine dernière, Jean-Christophe Rufin a été élu sous la coupole, ancien médecin humanitaire, aujourd'hui ambassadeur de France.
Ses trois premiers livres sont incontournables, à commencer par l'Abyssin et Sauver Hispahan, romans historiques, d'aventure, d'altérité. Asmara et les causes perdues, sur les limites de l'action humanitaire.
Les suivants sont bons, mais pas incontournables. L'Abyssin aurait certainement davantage mérité le Goncourt que Rouge Brésil, dont la fin tourne court. Globalia est un bon exercice de style et d'anticipation, peut-être pas le meilleur du genre, et La Salamandre, livre offert, sur la violence de la rencontre avec l'altérité, aurait mérité d'être un peu plus fouillé.
N'empêche, il faut commencer avec les trois premiers. En toute confiance.

C'est Jacques Chirac, aujourd'hui Mahatma Chirac, apôtre de l'interculturalité, qui avait utilisé une jour l'expression d'accidentés de la vie. Parce que la vie est un accident. Que chaque jour est un accident, coup du sort ou coup de chance. Parce qu'il faut s'en remettre au hasard. Et sortir le champagne quand ce hasard met sur notre route des rencontres inattendues et belles, un nouveau boulot, de nouveaux défis.

mardi 13 mai 2008

Un mal qui se porte toujours bien


Je ne sais pas à partir de quelle heure on est insomniaque. Ni livres, ni DVD n'y font rien. Dur.
Alors j'anticipe sur la dure journée qui n'est déjà plus demain, je prépare mon post du jour.

Un mur peint découvert à Marseille, beau, monumental, une jeune fille qui se regarde dans son miroir,
puis le texte qui l'accompagne, si beau et si dur.

J'ai toujours rêvé d'être actrice


Et puis un jour, c'est arrivé…


Dans deux jours, c'est mon anniv', si, si, vous savez, le jour où il faut absolument éviter de faire le bilan de sa vie.

;-)

jeudi 1 mai 2008

L'ivresse des grands fonds



Et puis merde, j'efface ce que j'avais écrit. Ce blog n'est ni une tribune, ni un tribunal, ni encore moins une scène sur laquelle le clown passerait quotidiennement faire son numéro.
Rose chante
Ca fait mal, tellement mal,
Quand on s'empale,
Sur son amour.


Profitez des photos.

Un brin de muguet à tous ceux qui me sont chers.