lundi 22 mars 2010

Private Darjeeling, Opus 1

 
 



On a tous en nous quelque chose de Jean-Claude Tergal et du Gros Dégueulasse de Reiser.
Si. Tous.

Enfin, si j'en crois les propos de Fantômette, qu'ils me soient adressés ou à ses copines au téléphone, je serais une sorte de clone des deux à la fois.

Selon une étude du département de psychologie de l'université (catholique) de Louvain, une pensée sexuelle effleure l'esprit de 55% des hommes et 42% des femmes toutes les 8 minutes. Et encore, on ne sait pas si les personnes interrogées étaient catholiques, pratiquantes, intégristes, coincées ou membres du clergé. Cet article avait en soi quelque chose de rassurant, parce que je pouvais pour une fois me situer dans la moyenne. Mais c'était sans compter que passés les premiers émois de la découverte de l'Autre et du corps de l'Autre, la moyenne retombe, c'est la loi de Newton et de la balistique émotionnelle.

Même si les chiffres diffèrent, tous les scientifiques dignes de ce nom et d'un quelconque intérêt l'affirment, un homme produit entre trois et mille fois plus de testostérone qu'une femme. Ce différentiel hormonal serait dû à la nécessité d'assurer la reproduction de l'espèce (hypothèse darwinienne) ou la différence de composition des atmosphères de Mars et Vénus (hypothèse à la con).

Nonosbtant, l'afflux de testostérone pousse le paon à faire la roue, le pigeon à se livrer autour de sa femelle à une danse indigne d'un vertébré bien portant, l'homme à agrandir chaque jour le trou de la couche d'ozone en s'aspergeant copieusement de "Mennen pour nous les zommes" et à acheter de temps à autre de la lingerie féminine.

Attitude consumériste confortée par les représentations sociales du corps féminin et un calendrier social et festif déterminé par le lobby des industriels de la bonneterie et de la grande distribution qui défend toujours l'ouverture des magasins le lendemain du samedi soir, mesure dont on peut douter de l'effet sur les achats de lingerie fine : Saint-Valentin, fête des mères, anniversaire, anniversaire de mariage, de rencontre, de divorce...
et début de relation, période durant laquelle Elle veut lui plaire, à Lui.

Notons d'emblée qu'il est difficile de connaître les raisons précises de cette consommation de fils, élastiques et autres baleines plus ou moins heureusement associés, puisqu'au déterminisme naturel de la sexualité vient s'ajouter la chape culturelle et éducative qui fait baisser les yeux des hommes interrogés et s'enfuir les femmes que j'ai néanmoins vainement tenté d'interroger à ce sujet après m'être copieusement fait traiter de sadique et autres noms de volatiles pas tous à plumes un jour que, profitant de l'absence de Fantômette qui travaillait, je m'étais posté à la sortie du magasin Etam, un bloc-notes à la main pour faire sérieux et tenter d'approcher un panel représentatif et féminin des personnes que j'envisageais d'interroger voire plus si affinités.

Propos, insultes et quolibets qui une fois de plus me firent douter et me demander si je n'étais pas, vraiment, un têtard lubrique, surnom dont on m'affuble de plus en plus dans le privé en lieu et place de "mammouth croque-nibards" qui eut la durée de vie d'une jeune vierge au milieu d'un concile d'évêques catholiques irlandais. Parce que je soupçonne que l'allusion à la lubricité du têtard fait moins référence à sa nage frétillante à coups de petits bras musclés qu'à un rapport tour de tête/longueur de queue relativement peu flatteur et un potentiel de sensualité hors-norme.

A en croire la presse féminine largement érotisée que je feuillette en cachette, à en croire mon père qui voulut un jour faire de moi "un homme-mon fils" et la publicité qui orne nos rues de ses sucettes Decaux, la bonne harmonie du couple et l'entretien d'une libido domestique relativement médiane passe par la consommation féminine de lingerie tout aussi féminine, lingerie qu'Aubade nous présente sous forme de leçons numérotées et agrémentées de photos qui sont non seulement délicatement suggestives mais également esthétiquement belles, plus en tout cas que celles de Jean-Pierre Coffe posant aux côtés d'un morceau de bœuf Leader Price, ce qui personnellement m'émoustille notoirement moins que l'évocation intellectuelle de Fantômette en dessous Aubade tentant de réviser la leçon n°128 "réveiller la bête qui sommeille en lui".
Ah, la force d'évocation de l'esprit et la sensualité d'un corps de femme, voilà bien ce qui manque à la fois à Jean-Pierre Coffe et à son quartier de bœuf origine européenne.

Ainsi donc, chimie organique, représentations sociales, magazines féminins, calendrier social et panneaux publicitaires Lou, Well ou Aubade associent corps féminin, lingerie fine, sensualité et sexualité, du moins c'est comme ça que j'avais perçu la chose.

Et c'est ainsi, je le confesse (on s'étonnera ensuite, à l'usage d'un tel vocabulaire, des difficultés que rencontre le Vatican à faire taire la sexualité débordante de son clergé), ainsi donc, je le confesse (j'adore le pouvoir évocateur des mots), il m'est moi aussi arrivé de pousser la porte d'un débit de dentelles de Calais ou d'une échoppe de bonneterie troyenne afin d'y acquérir quelque menue pièce de soie ou de satin ouvragé à offrir à une femme dans le fol espoir de réveiller une libido dont la vitesse de décrue rendrait jaloux n'importe quel vendéen attendant la baisse des eaux pour constater l'ampleur des dégâts.

Le préalable à l'achat de lingerie féminine, indispensable, se déroule heureusement au domicile. Parce que la vendeuse-conseil ne pourra se satisfaire de vos mains moites posées en écuelle sur votre poitrine pour déterminer avec exactitude tour de poitrine et taille de bonnets, ni de l'écart incertain entre vos paumes pour évaluer tour de hanches et tour de taille.
Aussi convient-il donc d'ouvrir en son absence le tiroir de lingerie de la Belle pur y quêter indicateurs chiffrés qui éviteront le Grand Soir venu de vous faire traiter de goujat ou de sombre imbécile si vous avez investi dans un ensemble 46-130 bonnet G ou de satyre libidineux tendance pédophile si vous avez opté pour le combiné 32-80 bonnet A.

L'ouverture du-dit tiroir, au delà de l'évocation de souvenirs communs et déjà bien lointains de longues et folles nuits ou de brefs élancements par le truchement d'un ensemble de mousseline effeuillé à Rome ou d'un string dévoilé à Corfou, peut déjà réserver son lot de surprises. Ainsi, vous risquez de vous retrouver assis sur la moquette, le carrelage ou le jonc de mer (barrer les mentions inutiles) à fantasmer et à sourire bêtement à l'évocation de plaisirs ensembles vécus, mais aussi de voir ce charme rompu par la découverte d'une première pièce par vous inconnue, puis d'une collection de porte-jarretelles digne d'un vestiaire du Crazy-Horse dont vous ignoriez jusqu'à l'existence ou le goût de celle que pensiez si bien connaître pour le cuir en lanières et le latex en prêt-à-porter.

A bien y penser, une révolution se tenait tapie au fond de ce tiroir sous la forme d'un lot de strings, clins d'œil et appels du pied qui suffirait à lui seul à alimenter le défilé du salon de l'érotisme. Les professionnels citent ainsi souvent cet exemple dans la brusque vocation religieuse du père Teillard de Chardin, évangéliste des chameaux des plaines d'Asie centrale qui, avant de songer à prononcer ses vœux en plus d'un certain nombre d'autres grossièretés, aurait ouvert le tiroir de sa maîtresse, Bernadette Soubirou, pour en extraire un godmiché aux proportions humiliantes pour tout homme normalement constitué.

(à suivre)
 

2 commentaires:

Fantômette a dit…

La suite! La suite!

Fabien a dit…

D'accord, c'est effectivement une invitation à inventer une suite, Fantômette, et je la raconterai tout de suite ensuite, avec mes mots.