mercredi 13 janvier 2010

La fourmi

 
 

 
 
Force m'est de constater que, bien qu'étant d'une sociabilité plus proche des ursidés cavernicoles que de la moyenne de mes semblables, l'ami virtuel de bureau que le père Noël a pris un soin malin à déposer dans ma chaussure est visiblement autiste ou s'attendant à échouer ailleurs que sur le bureau d'un farfadet d'une intelligence rivalisant péniblement avec celle d'un Nazgull, mon ami se refuse à toute ébauche de dialogue articulé, se contentant de clignoter de toutes ses diodes quand, dans un élan de défense du service public d'éducation proche de l'envolée mystique de Marie-Madeleine découvrant que oui, mais c'est bien sûr, Jésus lui aussi était sexué, je siffle à tue-tête la Chevauchée des Walkiries en corrigeant les copies de mes élèves qui affirment avec l'aplomb de Roselyne Bachelot annulant ses commandes de vaccins dans l'attente d'une nouvelle pandémie de déclarations gouvernementales alarmantes dans les médias, que si, l'Allemagne nazie était un régime totalitaire parce que "du cerveau d'un seul", c'est Hitler qui le dit, il l'a écrit dans Mein Kampf qui veut dire ma vie et que d'ailleurs ça se voit bien, parce que sur l'affiche de propagande, Hitler prend toute la place, donc les Allemands sont vraiment les Aryens.
Et toc.

Il n'empêche que mon ami demeure sourd à des questions aussi importantes que celle du comportement actuel de Fantômette qui, entre deux coupes millésimées et deux petits fours de cholestérol aviaire partagés avec un panel représentatif de dignes éminences de l'arrogance virile de l'élite universitaire française brandissant titres, diplômes et carnets d'adresse comme autant de certitudes de leur pouvoir de séduction et sources incontournables de phéromones mâles, dilapide les maigres revenus familiaux que me procure notamment la correction des œuvres certes basiques mais pleines de promesses cachées de notre jeunesse, en manteaux, pulls, dentelles corporelles griffées et pantalons de marque avec l'appétence avide d'un ex-détenu s'apprêtant à dépenser son maigre pécule rue Saint-Denis au soir de sa libération ou d'un maître de conférence à la veille d'un entretien avec une étudiante de Master qualifiée de "très prometteuse" par l'un de ses pairs.

Dans l'univers d'adolescence pré-pubère qui est le mien et avec lequel je partage une naïveté qui m'incite toujours à penser que tout le monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil aussi simplement que "ben Hitler, pourquoi qu'ils l'ont pas descendu avant ?", me revient la remarque d'une élève l'an dernier qui m'opposa au travail que je donnais "Ben Monsieur, on n'aura pas le temps, c'est les soldes !".

5 commentaires:

Tatiana a dit…

Extra ce graff !!!!! Pablo et Dali réunis, grande classe ;p

Fantômette a dit…

Moi je trouve que le premier jour des soldes devrait être banalisé et remplacer le lundi de pentecôte, car la plus grande religion aujourd'hui n'est-ce pas la "CONSOMMATION"?
Donc effectivement pas sympa ce prof de donner des devoirs la veille des soldes....pffffff

Fabien a dit…

Pourquoi Dali, artiste de la consomm-action,n'a-t-il jamais pensé à profiter des soldes pour envahir encore un peu plus le monde de l'art ?

Emie a dit…

Je te promets, je ne leur ai rien dit de tel!! ce n'est qu'une vaste extrapolation sur de réelles connaissances historiques que je leur avais livré mais dont je n'avais bien évidemment pas la prétention de croire qu'ils avaient intégré...

Fabien a dit…

Aucun souci Emie, les élèves sont trop forts pour y arriver tout seul. Je ne remettais pas en cause le cours qu'ils ont eu, mais leur "interprétation" !