vendredi 6 mai 2011
L'ombre des papillons d'acier
Le fil de fer barbelé est breveté aux Etats-Unis en 1874 par J.-F. Glidden, un fermier du middle west qui eût l'idée géniale d'inventer un outil qui accélère la conquête de l'ouest, la disparition des cow-boy par la fermeture des espaces et des pistes, et la disparition des Indiens qui se retrouvent rejetés, parqués de l'extérieur, dans les régions les plus ingrates et délaissées par les pionniers européens pauvres qui, dans le cadre du Homestead Act, peuvent gratuitement obtenir 80 hectares de terres qu'il faut commencer par... clôturer.
Pour Olivier Razac, qui propose chez Flammarion une nouvelle édition de son Histoire politique du barbelé, le partage moderne de l'espace repose sur une composante statique (le marquage symbolique de la limite, de la frontière) et sur une composante dynamique (la force coercitive de la limite, qui différencie l'espace et impose ses règles à celui qui la franchit, et repousse l'intrus).
En ce sens, le barbelé, vu par Razac, a valeur de paradigme, statique et dynamique, de la limite, qui délimite, et joue un rôle décisif dans trois des plus grandes crises de l'époque contemporaine : la conquête de l'Ouest américain et le génocide des Amérindiens, la Première Guerre Mondiale et ses millions de soldats morts, et les camps d'extermination nazis.
Depuis, l'Homme déroule ses kilomètres de barbelés pour montrer son emprise, sur le sol et au sommet des murs, mais aussi (et surtout), sur les hommes. Razac, dans la lignée de Michel Foucault, voit en effet dans le barbelé une caractéristique de la modernité et de l'exercice de la violence par le pouvoir : un ou quelques fils seulement, qu'ils soient tendus autour d'un bois, d'un prè, de mon jardin ou de l'espace Schengen, symbolisent et virtualisent une violence physique qui s'exprime par eux.
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11 commentaires:
Et bien, quelle leçon ! Il me faut tout retenir maintenant. Merci pour le partage historique.
Les barbelés pour moi ce sera toujours les ghettos, Varsovie, et les camps où sous des chaleurs insupportables ou des froids saisissants on laissait mourir des hommes, des femmes et des enfants sous le regard indifférent des fusils.
Ce seront aussi des frontières à jamais fermées.
Ce seront des territoires délimités entre béton et fil de de fer.
Ce sera aussi de l'espoir quand un certain 9 novembre, certains barbelés tombaient et que dans ma prime jeunesse j'y voyais le signe de la fin de toutes les injustices.
Pour moi, le barbelés sentent l(interdit, le kaki, la distance imposée et le quant-à-soi qui refuse l'altérité.
peu...plein de mots encore que je ne sais même keske ça veux dire....boubouboubou j'en ai marre d'être une blonde avec peu de neurones et une culture qui frise le grand néant...
Merci pour le reportage et les réflexions qu'il engendre.
les papillons d'acier s'envoleront-ils un jour ?
Barbed wire has been used for many inhumane purposes, but it also serves usefully in keeping livestock from wandering onto other people's property. The barbs discourage animals from leaning on the fence and this helps it last longer and need fewer repairs.
Thanks for the visit!
Les photos sont géniales, sont fortes en symboles, l'article intéressant, je vais aller voir ça de plus près ;)
J'ai trouvé la lecture de ce texte tellement intéressant, vous écrivez très bien!
en Sao Paulo (Brésil) les gens ont tendance à vivre derrière des barreaux dans chez eux, avec de hauts murs, de grandes fenêtres avec barres, etc.
Un autre concept, mais aussi une réflexion sur cette reportage.
Merci et bon week-end.
Léia
*** Pardon pour mon français. Je suis dans le niveau B1.Mais...Franchement quelque fois j'ai un sentiment que je suis presque une analphabète ici. :(
Merci pour tous vos commentaires.
Léia, je trouve au contraire très courageux que tu oses t'exprimer dans une langue qui n'est pas la tienne, ce qui peut se montrer souvent très poétique, alors que je ne laisse même jamais ou presque aucun commentaire en anglais, seule langue étrangère dont je possède des rudiments.
quand j'étais petite, on allait dans les champs porter à boire "aux hommes" à la période des foins ou des moissons ! il nous fallait passer sous les barbelés sans accrocher le polo... trop pressé, l'accroc laissait présager la ronflée !!!
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