mardi 7 janvier 2014

Rétrospective /33 (Adieu Kalachnikov)



Il y a des jours, comme ça, où on se dit que c’est super facile d’écrire sans aucune imagination comme je le fais si souvent. Et puis certains livres, certains textes, nous laissent pantois face au mystère du Beau, de l'Intelligence et de la Création Littéraire pour constituer à l'écrivant des horizons qui semblent insurpassables et le ramènent à sa triste condition de scribouillard. On peut citer Houellebecq, et se dire que la littérature est enfin parvenue à sa fin, qu’après, rien ne sera plus comme avant puisque tout aura déjà été dit :

“Vers onze heures du soir, il repassa devant le jacuzzi (…) Le bassin avait trois mètres de diamètre. Un couple était enlacè près du bord opposé; la femme semblait à cheval sur l’homme.”
Les Particules élémentaires

Ou alors, on s’acharne à imaginer des histoire décalées, qui se veulent arracher un sourire au lecteur. Si, si, ça m’arrive, relisez ce qui précède.
On cherche l’idée, le biais, l’angle d’attaque. Le clin d’œil, la saillie drôlatique… Souvent en vain.

Parfois, il suffit de se pencher sur la vraie vie des vrais gens, et ça dépasse toute imagination. Dans le genre, j’aurais pu inventer et tenter de faire sourire en imaginant la vie de Mickaïl Timofelevitch K., génial inventeur soviétique qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle. En fait, Mickaïl Timofelevitch Kalachnikov est l’inventeur du fusil d’assaut AK-47 tellement banalisé aujourd’hui qu’il porte le nom de son concepteur. Celui-là même qui en 1943, disait qu’il était temps d’arrêter d’inventer des armes pour tuer les gens. Si, si.

Un inventeur de génie, vous dit-on. Ce cheminot soviétique débute son service militaire en 1938 et est blessé en 1941. Hospitalisé, il conçoit un nouveau fusil d’assaut, censé être plus puissant que celui des Allemands, réalise un premier prototype en 1942 et… est arrêté pour détention illégale d’arme. C’est bête. En gros, "c'est l'histoire d'un mec..." que Coluche aurait pu écrire.

N’empêche, son invention est remarquée et équipe l’Armée Rouge et ses alliés à partir de 1949, puis pas mal de mouvements de guérilla à partir des années 1960.

Au total, pas moins de 100 millions d’exemplaires auraient été produits depuis l’invention de l’AK-47, ce qui valut à Kalachnikov une grande renommée, le prix Staline (ben au moins, celui-là, Houellebecq, plus grand écrivain de l’Histoire de l’Humanité, ne l’aura jamais), une statue en bronze, un musée, et tout dernièrement des funérailles en grandes pompes et en présence de Vladimir Poutine, mais pas un kopeck, pas un rouble : il n’a tout simplement jamais déposé le brevet. C’est bête.

Seulement en 2003, et seulement pour des produits dérivés portant son nom.

Sous entendu, rien ne vous empêche de faire comme moi et de bricoler votre propre AK-47 griffé Kalachnikov dans votre garage ou sur votre balcon. Par contre, il est interdit de vendre des porte-clés ou des T-Shirt Kalachnikov sur Ebay, à la sortie du métro Barbès ou place Arnaud Bernard à Toulouse.

(publié en 2008)