mercredi 11 juin 2008

Tourments existentiels face à la planche à repasser


Lors de ma prochaine réincarnation, j’aimerais bien être réincarné en James Bond. Je dis ça, parce que la soirée d’hier fut consacrée au repassage devant un vieux James Bond des années 1970. Et franchement, puisque dans cette vie d’ici et maintenant, je suis pétoncle, ascendant lombric, doté du vocabulaire de la série Rose de la collection Harlequin, ce serait quand même que justice d'être Jess Bond dans la vie d'après.

Peut-être qu’avant j’ai été Christophe Colomb, mais ça m’étonnerait, j’ai le mal de mer. En tout cas, ni Cortes ni Pizarro, leur côté viandard ne me convient pas. J’aime pas la battue à l'Inca sauvage. J’y ai participé une fois, ça m’a déplu. C'était en Sologne avec feu mon bon ami Bob Denard. Faute d'Inca disponible, nous avions habillé son boy comorien d'un bonnet péruvien acheté chez Pier Import et d'un rideau Exopotamie. Eh bien, ce fut décevant.

Comme l'écrit Valery Giscard D'Estaing dans ses mémoires à paraître à titre posthume Les Diamants sont Eternels - Parties de chasse avec mon ami Bokassa, "ce qui fait de la chasse un plaisir, c'est l'intelligence de la proie." Et d'intelligence, chez l'Inca, y a pas. Ecoutons ici Joseph Arthur de Gobineau, ce théoricien des races, qui relate son expérience dans son ouvrage Tuer n'est pas jouer, Le monde ne suffit pas aux races supérieures. "Placez trois hommes devant un tas de tuyaux. Renzo Piano vous en fait un centre culturel en plein Paris. Un Polonais vous installe le chauffage central. L'Inca se fait une flûte de pan et joue dans le métro, station Odéon."

Alors que Jess Bond, lui, quand il tue, c’est tout beau tout propre. D’abord, il tue que les méchants. Et les plus méchants. Jamais les femmes. Jamais les enfants. Jamais les innocents, il préfère se sacrifier pour eux. Il faut dire que même sans ses lentilles de contact et ses jumelles infrarouges de vision nocturne, les ennemis, il les repère facilement : quand ils n’ont pas un uniforme vert avec une étoile rouge comme jusqu’à la fin des années 1980, ils ont un gros turban sur leur barbe de Taliban depuis les années 1990. Et toujours, toujours, un rire sardonique. Que des vrais méchants, on vous dit.

Bon, d’accord, il n’est jamais à cours d’astuces, de ruses et de gadgets hyper sophistiqués qui ravalent le Palm Pilot et l’Iphone au rang de démonte-pneu. Il est toujours au top de la technologie. Mais il est aussi capable de bloquer le lancement d’un SS-20 soviétique en chauffe avec un démonte-pneu. Il sait faire ça aussi.
Et puis Jess Bond, il est toujours bien habillé. Et là encore, c’est une apologie de la technologie textile britannique. Le tweed, y a pas mieux. A se demander pourquoi le GIGN a choisi le Kevlar et les matériaux composites. Il peut passer sous un train, se trouver projeté par une explosion, courir, chuter dans une mine, être emporté par les eaux en furie… Rien, pas une tache, pas un faux-pli. A croire que son tailleur est le frère jumeaux de son coiffeur.

D’ailleurs, sa veste de tweed, il ne la pose que pour entrer dans le lit d’une femme. D’ailleurs, il ne la pose pas. Il la jette d'un geste auguste et viril pour se jeter sur la femme. Et la retrouve sans un pli au petit matin (sa veste, hein, pas la femme). Mais ça fait partie de son boulot, et en bon fonctionnaire zélé du MI6, il s’exécute. De toute façon, ses informatrices, qui sont souvent aussi des taupes ou des agents doubles ne sont jamais ni la dame-pipi, ni la ménagère de 50 ans ou une fille-mère qui vit en foyer. Non, il n’y peut rien, ce sont toutes des femmes genre Bo Derek, qui après une séance de karaté en string en skaï succombe à ses charmes. C’est comme ça, dans Jess Bond.

Il suffit par exemple qu’il ait besoin des lumières d’un géologue pour comprendre (et déjouer) le plan de l’affreux Zorglub. Bon, vous croyez vraiment qu’il va tomber sur Haroun Tazzieff ou Claude Allègre ? Ben non, le géologue est une géologue, grande blonde élancée, qui porte un pyjama qu’on trouve plus facilement chez Darjeeling que chez Prisunic ou chez Tati. C’est comme ça, il doit faire avec, Jess Bond.

N’empêche, j’aimerais bien aussi être Jess Bond pour voyager comme il le fait. Quand il feuillette le catalogue Nouvelles Frontières, il doit avoir l’impression de lire un rapport de mission. Il est allé partout, le bougre. Aux frais du flegmatique contribuable britannique. Blasé, le mec. Il a déjà tout vu.

J’ai dans mes archives un enregistrement sonore du 10 septembre 2001 authentifié par Maître Ian Fleming, huissier de justice à Toulouse, dont je vous livre un extrait du dialogue entre M, Alias Miss Moneypenny (ce qui littéralement veut dire Mademoiselle Petitemonnaie) et Jess Bond:

- Votre mission, si vous l’acceptez, est de neutraliser Ousama Ben Laden, qui se trouve actuellement en Afghanistan et qui projette des attentats suicides de grande ampleur sur le sol américain.
- Vous êtes sûre qu’on peut pas attendre un peu, Miss M ? Y a rien à voir en Afghanistan, y a que des hôtels sordides, même Massoud vit dans yourte, la Vodka-Martini est interdite et les femmes sont aussi sexy qu'un agent du Mossad. On peut pas attendre qu’il soit à Acapulco ? ou au Taj Mahal, je ne connais pas ?
- Bond, je vous rappelle que vous n'avez le droit qu'à deux refus d'une offre d'emploi compatible avec vos qualifications. Vous finirez vigile chez Auchan, si vous préférez les caissières.

Avec les conséquences que l’on sait.

2 commentaires:

calliope a dit…

tout est bien, le billet et la photo. Prose à rire et à réfléchir.

Fabien a dit…

Merci, merci, il suffit parfois de tâches ménagères et d'un vieux film à la télé pour délirer un peu, un temps.