mercredi 29 décembre 2010
De la sensualité des transports
Certain(e)s se souviennent peut-être du temps où je glosais ici sur quelque délire verbal ou quelque question plus sérieuse, comme à savoir pourquoi Mac Do protège du sida ou sur les non-lieux, gares, aéroports et autres lieux de transit tels que définis par Marc Augé.
"… l'expérience du non-lieu (indissociable d'une perception plus ou moins claire de l'accélération de l'histoire et du rétrécissement de la planète) est aujourd'hui une composante essentielle de toute existence sociale. (…) A partir de là, toutes les attitudes individuelles sont concevables : la fuite (chez soi, ailleurs), la peur (de soi, des autres), mais aussi l'intensité de l'expérience (la performance) ou la révolte (contre les valeurs établies).
Une expérience de déconnexion, de dématérialisation de l'espace que nous faisons tous et que nous avons tous vécu.
Sauf.
Sauf à l'aéroport de Münich en Allemagne, un hall linéaire qui doit au bas mot s'étendre sur 500 mètres tout en longueur, dans le genre labyrinthe de verre que nous connaissions autrefois dans les fêtes foraines. Il en est de même ici. Le plus court chemin n'est jamais le plus direct. Les vitres sont propres, mais on ne passe pas.
Or, donc, l'aéroport de Münich dont nous avons fait la récente expérience pour cause d'aéroports fermés par la neige n'est pas un non-lieu. Tout simplement parce qu'il possède sa propre identité, sa personnalité, quelque chose qui en fait un lieu à part.
D'abord, par un jour de pagaille neigeuse européenne, il est vide de personnel. Certes, vigiles et femmes de ménage yougoslaves s'activent, mais seuls cinq personnels au sol de la Lufthansa accueillent les naufragés des airs au comptoir du "service center". Et la file d'attente qui s'étire des heures durant devant ledit comptoir passe nécessairement devant le sex-shop de l'aéroport. Ce qui permet de passer avantageusement le temps de l'attente. Et de s'interroger. Car en cette veille de Noël où il est d'usage de couvrir ses proches de présents plus ou moins utiles, j'ai longtemps hésité devant les vibromasseurs à motifs floraux exposés dans leur écrin en vitrine. Puis sur la couleur de l'article, puisqu'il était ici proposé en plusieurs coloris pastels du plus bel effet.
De même, les toilettes (hommes, puisque l'entrée de celles des femmes me fut refusée) hébergent un distributeur de préservatifs, ce qui, hormis à l'aéroport du Vatican, est maintenant d'une banalité sans nom. Mais aussi un distributeur d'anneaux en plastique dont je me suis interrogé sur l'usage possible (2 euros) et de foufounes en plastiques (4 euros).
Certes, le personnel de la Lufthansa est au demeurant peu nombreux les jours de crises, mais tout est fait pour tromper l'attente dans les meilleures conditions possibles, ce qui fait de l'aéroport de Münich l'antithèse d'un non-lieu.
Vitrine(s), et téléphone rose.
.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
5 commentaires:
Tout bénéf dans cet aéroport : La température ambiante devait être plus chaude, ils dépensent moins en chauffage !
De quoi réchauffer le corps et l'esprit... un aéroport dans lequel je n'ai encore jamais été. Qui sait, une prochaine escale, peut être !
Merci de partager cette expérience. Amusant cet aéroport...
Pas de photo du distributeur d'anneaux en plastique ? M'intrigue !
Oserai-je dire, oui oserai-je dire que par contre les employés de la douane allemande sont forts nombreux le jour de Noël? Et qu'en plus, autre particularité de l'aéroport de Munich, ils n'ont pas les mêmes accords de Shengen que partout ailleurs en Europe!!!!!!!!!!!!!, Qu'ils n'ont pas de poubelles non plus pour les marchandises en trop déclarées par ce même désaccord de Shengen spécialement munichois? Et que enfin le fait de transiter dans la zone internationale munichoise, fait de nous des fraudeurs de ce que nous ne ramenons pas en allemagne, mais de leurs propres duty free? Quelque chose m'a échappé à Munich....en plus du prix d'une journée de ski pour une cartouche de cigarettes de trop.
Beaucoup de choses ne sont pas les mêmes à Münich, je pensais un jour raconter cet épisode qui gâche quelque peu les vacances hors de Schengen :-)
Enregistrer un commentaire