jeudi 31 janvier 2008

mercredi 30 janvier 2008

Le bon vin vieillit bien


Cette vie me donne souvent l'impression de ne plus rien savoir, de ne plus rien savoir faire, de ne plus avoir de repères. Pour mes quarante ans, même si je ne les fais (presque) pas, ne souriez pas, quelqu'un m'avait dit qu'à quarante, un homme sait ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas, et qu'il sait le dire.

Je sais ce que je veux et je l'ai dit.
Le reste est personnel.

La souffrance peut venir de la lucidité.

A ce propos, à force de mettre de l'eau dans son vin, à partir de quand ne peut-on plus dire que c'est du vin ? Question de goût ? Question de couleur ?

Cucugnan, 2007

mardi 29 janvier 2008

Anthropologie du quotidien en milieu brumeux


Aujourd'hui, c'est cours le jour, avec Trolls et Gremlins, puis Raffarinades le soir, parce qu'il faut faire des heures pour remplacer le lundi de Pentecôte. Faire des heures, c'est le terme.

En ce moment, entre deux bouquins d'histoire ou de géo, je lis "Vie amoureuse", un roman israélien de Zeruya Shalev. Une histoire d'amour adultère soulignée par quelques passages érotiques. Pas vraiment le genre d'histoire que j'apprécie particulièrement. Une écriture difficile, qui s'apparente un peu à la mienne quand je tente de faire œuvre (mais la comparaison s'arrête là), des phrases très longues, sans point final, rythmées par des virgules à répétition. Je vous en dirai plus quand j'aurai terminé.

(court) extrait
"J'ai toujours considéré que le symbole le plus significatif de la vie à deux, son avantage le plus précieux, était de pouvoir brailler, "une serviette !" en sachant que ce hurlement a le pouvoir de forcer quelqu'un à abandonner son lit, sa chaise ou l'examen subreptice de votre carnet téléphonique et à se rendre à l'armoire et de là à la salle de bains, le tout par le miracle d'un seul mot."
Voilà, donc je ne sais pas encore si j'aime, ou pas ;-) Enfin, je commence à savoir

Aujourd'hui, c'est une photo prise par mes élèves de l'atelier site internet.

lundi 28 janvier 2008

Sex appeal et rock n’roll


Non, non, il ne s’agit pas de sexe à piles, en vente sur les sites spécialisés. Voir sex toys et godmichés.
Littéralement, cela désigne l’appétance sexuelle, le désir, que l’on provoque chez les autres. Une Autre. Pas de questionnement là-dessus, pas de doute non plus, je sais que ça marche encore. Depuis plusieurs jours, je cherche le terme qui désignerait le "désir d’être avec" que l’on peut provoquer chez l'Autre. Dans le domaine amoureux, sexuel, mais aussi familial, relationnel, professionnel, dans la vie quotidienne et tout ce qui fait une vie. Je ne trouve pas.
Ce mot existe-t-il ? Quelqu'un le connaît-il ?

N’empêche, ça fait douter. Pas de moi. Je sais ce que je suis ou peux être. Non, ça me fait douter de ma place. Certes, on n’occupe jamais que la place que l’on se donne. Mais l’autre nous en donne une aussi. Sauf lorsqu’il dit : là, ce n’est pas ta place, tu n’existes pas ici. Ca interroge sérieux et ça fait douter.

Pas très rock'n roll, tout ça.

Photo : Aix en Provence, juste le temps d'être jeune marié.
C'est pour ça que je vais à Venise.

samedi 26 janvier 2008

Un frein peut en cacher un autre


Vous savez ce que c'est, il y a les déclarations d'intentions, ce que l'on voudrait faire, avec l'autre, comme le chante si bien Rose dans "La liste".
Et il y a la réalité, bien plus cruelle. Il y a la liste de tout ce qui est déclaré impossible, freins, obstacles présentés comme insurmontables. Là aussi, la liste semble bien longue, comme infinie. Cette liste, je n'ai pas envie de la dresser. Je devrais peut-être, parce que l'espoir fait mourir parfois. Soit on se retranche derrière l'obstacle et on se dit que c'est suffisant comme ça. Ou alors, on essaie de franchir les obstacles, de faire tomber les murs. Aucun mur n'est assez résistant pour ne pas tomber, il suffit de le vouloir.

Petite Princesse entame sa crise d'ado à à peine huit ans et est follement amoureuse d'un Teuton, Bill, de Tokyo Hotel, avec ses pantalons troués et sa tignasse d'oursin. Faut que je la surveille, ma gonzesse.

vendredi 25 janvier 2008

Photo de famille



Villefranche-de-Conflent, juillet 2007

Petit Prince et Petite Princesse rentrent ce soir. Ca fait pas tout, mais c'est déjà énorme.
Il ne manque que Grande Princesse.

Vu hier soir, "Bienvenue chez les Roze", de Francis Palluau, avec Carole Bouquet, Jean Dujardin, Lorant Deutsch, André Wilms, une comédie toute en finesse, entre Audiard pour les dialogues et Tavernier pour le décalage, aucun personnage n'étant jamais où on l'attend. Deux évadés font irruption dans une famille de la petite bourgeoisie le jour de leurs noces de porcelaine, occasion pour chacun de révéler sa véritable personnalité. Si, si, on peut encore faire des affaires pendant les soldes.

jeudi 24 janvier 2008

Court traité des platitudes célestes

« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
C'est beau, juste et fort.

Vu cette nuit, "Laisse tes mains sur mes hanches", de et avec Chantal Lauby, charmante, l'histoire d'une mère divorcée qui renait suite au départ de sa fille partie s'installer avec son petit copain. Beau et émouvant, mais sous toutes réserves, je suis bien trop fleur bleue en ce moment. Première apparition (pour moi) de Claude Perron ailleurs que dans un film d'Albert Dupontel. Un visage toujours aussi dur et énigmatique.

mercredi 23 janvier 2008

L'Ombre du vent

"Le destin attend toujours au coin de la rue. Comme un voyou, une pute ou un vendeur de loterie : ses trois incarnations favorites. Mais il ne vient pas vous démarcher à domicile. Il faut aller à sa rencontre."
Carlos Ruiz Zafon, "L'Ombre du vent"


A toute chose malheur est bon, c'est ce que dit la sagesse populaire, comme si le peuple pouvait être sage. Passons.
Ce fut une journée de m…, mais une vraie journée de m… Une de ces journées perdues. Comme tant de journées. Pourtant, mon horoscope me promettait Vénus dans mon ciel et dans mon couple. Saloperies de planètes, jamais là quand on en a besoin.
Perte momentanée des illusions. Mais je n'ai qu'une vie, et même comme ça, je ne veux pas renoncer à mes illusions. Je sais, plus dure sera la chute quand je me casserai la gueule. Mais j'aurai essayé de vivre mes rèves. Une de ces journées où le sentiment dominant est celui de n'exister pour personne. Même pas pour soi. Une de ces journées où renoncer à ses illusions, c'est partir.
A croire que je ne supporte pas la bière vendue en Espagne et enrichie aux herbacées pourtant réputées pour leurs vertus calmantes et avec laquelle j'ai tenté vainement de m'endormir la nuit dernière. Mais j'étais grossement contrarié.
Cette journée de m… aura connu deux moments heureux, quand même. C'est à ça qu'il faut se raccrocher.
Un déjeuner avec Petit Prince, notre moment à nous du mercredi, suivi du rituel aujourd'hui écourté de la partie d'échecs. Petit Prince, prends soin de toi et veille sur Petite Princesse. Je vous aime.

Enfin, j'ai terminé "L'Ombre du vent" de Carlos Ruiz Zafon, commencé dans la solitude du réveillon de Noël, reposé ensuite parce qu'il m'y ramenait trop souvent. Un livre superbe, histoires croisées de cinq personnages principaux dans la Barcelone des années 1920, de la Guerre Civile, puis du Franquisme, flash-back nombreux, révélations et retournements de situations, beaucoup d'humour et de sensibilité, le parcours d'un homme qui veut disparaître après avoir perdu la femme de sa vie, au point de détruire jusqu'au dernier des livres qu'il a publiés.

Morceaux choisis, même si la liste n'est pas limitative et que j'y reviendrai sûrement.

"Il était vêtu de marbre et portait le monde dans son regard. Je ne me souviens guère des paroles du prêtre ni des visages d'espoir des invités dans l'église par ce matin de mars. Seuls me restent vraîment le goût de ses lèvres et, quand j'entrouvris les yeux, le serment secret que je gardai sur ma peau et dont je me suis souvenu tous les jours de ma vie."

"Les cadeaux sont donnés pour le plaisir de celui qui les offre, pas pour les mérites de celui qui les reçoit…"

"J'en sais plus que vous sur les femmes et sur le monde. Comme nous l'enseigne Freud, la femme désire l'opposé de ce qu'elle pense ou déclare, ce qui, à bien y regarder, n'est pas si terrible, car l'homme, comme nous l'enseigne monsieur de La Palice, obéit, au contraire, aux injonctions de son appareils génital ou digestif."

"Les livres sont des miroirs, et l'on n'y voit que ce qu'on porte en soi-même…"

"On n'aime véritablement qu'une fois dans sa vie, Julian, même si on ne s'en rend pas compte à temps."

"Le temps m'a appris à garder l'espoir, mais à ne jamais lui accorder une confiance excessive. L'espoir est cruel et vaniteux, sans conscience."

Contempler un horizon vide


Cadaques, atelier de Salvador Dali, décembre 2005

La nuit fut mauvaise, la journée sera morose.

Vous avez remarqué comme les lieux, les couleurs, les heures, les musiques ou les odeurs, sont indissociables des personnes avec lesquelles on les a partagés ?
Ce blog n'existe que pour ça.
Salvador Dali est mort le 23 janvier 1989. Il me souvient de soleils d'hiver, de fous rires, d'ébauches de projets et d'auberges espagnoles de luxe avec celle qui m'accompagnait.
J'étais alors le plus beau, sans ombres. Attirant.

Un horizon est toujours libre et sans limites.
Un horizon borné ne l'est jamais que par notre propre position.
Il suffit de se déplacer
Pierre Reverdy, "Le Livre de mon bord"

mardi 22 janvier 2008

Grand Cœur Valable


Prieuré de Marcevols, 2007

Rien, ce que j'écris ici est retourné contre moi. Donc rien.
J'ai récemment évoqué l'idée d'arrêter là ce blog et d'écrire ailleurs, sous couvert d'anonymat.
La solution est peut-être là. Sûrement.
Pour préserver les gens que j'aime, même si je ne suis pas quelqu'un dont il faille se protéger.

lundi 21 janvier 2008

Vernis craqueleur



Chateau de Quéribus, août 2007

Ce qu'il y a de fatiguant avec les prof's d'histoire, c'est qu'ils ne peuvent pas s'empêcher, en société, de faire briller le vernis, même écaillé et vieillissant, de leur savoir universitaire si durement acquis à un âge plus ou moins avancé. Cela dit, vous échappez au pire, puisque j'ai juré devant le Grand Manitou de laisser mes états d'âme à l'entrée de ce blog, genre laïcité affective et interdiction de port de tout signe ostentatoire d'un quelconque frémissement sentimental, et, et, de plus, je suis géographe. Et toc.
Aussi ai-je donc un cœur aussi lisse que le crâne de VGE et une résistance à l'emportement sentimental ou affectif digne de celle de Jack Bauer à l'acide et à la lacération de ses deltoïdes dorsaux à coups de bistouri, voir la saison 8. Aussi n'ai-je aucun goût pour les dates, n'étant qu'un sombre gratte-papier qui passa le plus clair de ses années d'étude à colorier au feutre des fonds de cartes qu'il avait préalablement décalqués au Rotring, passant chaque soir autant de temps à se laver les mains qu'un apprenti mécanicien. Et je vous raconte pas les manches du pull : le feutre, ça tache, tout comme l'encre de Chine pas encore sèche.
Bref, n'empêche, venons-en au vif de notre sujet, qui ne va pas rester vif très longtemps, parce que même pour le plus ignare des élèves de quatrième (j'en connais quelques-uns), le 21 janvier 1793, c'est Couic Louis XVI. Je vous avais dit que le sujet ne resterait pas vif très longtemps. Le temps de refermer le panier, et hop.
Et alors que la République s'émeut d'avoir perdu son avant-dernier poilu encore vivant, hier avait également lieu une messe en l'honneur de feu notre roi, avec un public trié sur le volet, genre croix potencées, fleurs de lis et sacré-cœur, pour qui la monarchie reste quand même "le meilleur des régimes" (sic).
Ben voyons.

Sinon, pour ceux qui m'auraient lu jusque là, j'ai passé un dimanche presque pyjama, à glander avec l'énergie d'une moule résistant à la houle d'une "mer belle à peu agitée" (ah, la voix de Marie-Pierre Planchon présentant la météo marine sur France Inter à 20 heures, souvenirs de mes premiers émois, Marie-Pierre, qu'es-tu devenue ?) et une activité cérébrale face à laquelle ladite moule aurait pu se sentir flattée.
J'ai quand même, n'empêche, corrigé trois paquets de copies, et je continue ce soir, avant de sombrer dans la fin de la bouteille de "Nature de schiste", un Côte de Roussillon village, même si ma pratique de la dive bouteille relève davantage de celle d'Antoine Blondin que de celle de Champérard.

dimanche 20 janvier 2008

Bulle d'eau



Palais royal, Madrid, 2006

"Perdre ce qu'on a connu est toujours plus dur que d'en avoir toujours été privé."
Khaled Hosseini
J'aime cette phrase, même si elle ne correspond pas à la réalité du moment.

Les prof's d'Histoire-Géo' sont-ils tous d'affreux gauchistes ?
Si je vous dis que le Figaro a la réponse, ça vous met sur la piste, ou pas ?

samedi 19 janvier 2008

L'empreinte de l'ange

Loin, très loin de toute croyance ou de toute religiosité, empreinte de l'ange qui parfois vient me visiter.



Grande Mosquée de Cordoue, 2005

Vu hier, "Le voyage en Arménie" de Robert Guédiguian, un pur régal tout en finesse, en drôlerie, avec toujours ce même regard sur l'échec du communisme, ici dans l'Arménie post-soviétique, la beauté des anonymes, la question de l'identité, et cette impossible articulation entre les convictions politiques et les réalités les plus prosaïques. Guédiguian dans son registre habituel, certainement l'un de ses plus beaux films. Difficile, dans le duo Ariane Ascaride - Gérard Meylan, d'oublier "Marius et Jeannette". Ariane Ascaride toujours aussi belle et sensible.

Vu aussi cet après-midi, "La guerre selon Charlie Wilson" de Mike Nicols avec Tom Hanks et Julia Roberts, occasion d'une mise au point sur le rôle des services secrets américains dans la guerre en Afghanistan contre l'occupation soviétique. Bien monté, bien ficelé.
Lire en regard l'article (très) critique de Chalmers Johnson sur l'adaptation du livre et l'occultation des aspects les plus dérangeants pour l'administration américaine, notamment l'aide apportée à un certain Ben Laden, paru dans Le Monde Diplomatique.

vendredi 18 janvier 2008

La position du missionnaire



Cathédrale d'Elne, décembre 2007

Question du jour, qui a dit :
«Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance»

J'attends vos réponses

Salmigondis sentimental

Salmigondis : nom masculin, ragoût composé de plusieurs viandes, (fam.) se dit des choses qui n'ont ni fin ni suite. Syn. de tristestopiques
Possible cependant que ce blog ait une fin très prochaine, j'envisage sèrieusement d'arrêter.
En tout cas, n'y cherchez plus mes états d'âme, paraît que je me plains trop, on fera comme si tout allait bien.
Pourtant, les mots sont là, et l'envie d'écrire aussi, même sans talent.
Pourtant, je me suis aperçu que j'en avais besoin.

Ce sera autrement, ailleurs.



Sidobre, 2005

jeudi 17 janvier 2008

Tout nu et tout bronzé

Carlos est mort. Et moi même je ne me sens pas très bien, ajouterait Desproges

Le 17 janvier 1949 était découvert le virus de la grippe. A vos souhaits.



Lever de soleil depuis le refuge du Rulhe avec Prince et Princesse, Ariège, août 2005

mercredi 16 janvier 2008

Et de deux !

Ironie du sort, ce coquin de sort, 16 janvier 1605 paraissaient à Madrid les premiers exemplaires de "L'ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche" de Cervantès.

Sarragosse, 2005

FIDÈLE...

Oui, je garderai toujours notre secret, radieux
si ton souvenir n'a retenu de moi que du bien.
Un jour où je ne vois aucun message de ta part,
un jour sans te rencontrer est aussi long que des mois.
Puissé-je recevoir d'un seul coup la mort, si le jour
de notre rencontre ne devait jamais arriver.
Tant que je vivrai, mon coeur ne cessera de t'aimer,
et mes cendres chercheront à rejoindre les tiennes.
J'attends que tu remplisses ta promesse, et te regarde
avec les yeux d'un pauvre, ouverts sur un riche cossu
qui règle ses dettes et rempli ses promesses.
Ce débiteur est nôtre et nous lui laissons tout son temps.
Telle que tu es pour nous, avec ta dette impayé,
tu ressembles à l'éclair dans un nuage sans pluie.

Djamil, poète arabe, mort en 701.

De l'art de casser les cailloux




Réalgar, barytine et quartz, Pérou

"De tout temps, on a recherché non seulement les pierres précieuses, mais aussi les pierres curieuses, celles qui attirent l'attention par quelque anomalie de leur forme ou par quelque bizarrerie significative de dessin ou de couleur. Presque toujours, il s'agit d'une ressemblance inattendue, improbable et pourtant naturelle, qui provoque la fascination. De toute façon, les pierres possèdent on ne sait quoi de grave, de fixe et d'extrême, d'impérissable ou de déjà péri. Elles séduisent par une beauté propre, infaillible, immédiate, qui ne doit de compte à personne. Nécessairement parfaite, elle exclut pourtant l'idée de perfection, justement pour ne pas admettre d'approches, d'erreurs ou d'excès. En ce sens, cette beauté spontanée précède et déborde la notion même de beauté. Elle en offre à la fois le gage et le support.
C'est que les pierres présentent quelque chose d'évidemment accompli, sans toutefois qu'il y entre ni invention ni talent ni industrie, rien qui en ferait une œuvre au sens humain du mot, et encore moins une œuvre d'art. L'œuvre vient ensuite ; et l'art ; avec, comme racines lointaines, comme modèles latents, ces suggestions obscures, mais irrésistibles.
Ce sont avertissements discrets, ambigus, qui à travers filtres et obstacles de toutes sortes rappellent qu'il faut qu'il existe une beauté générale, antérieure, plus vaste que celle dont l'homme a l'intuition, où il trouve sa joie et qu'il est fier de produire à son tour. Les pierres ― non pas elles seules, mais racines, coquilles et ailes, tout chiffre et édifice de la nature ― contribuent à donner l'idée des proportions et lois de cette beauté générale qu'il est seulement possible de préjuger.
Par rapport à elle, la beauté humaine ne représente sans doute qu'une formule parmi d'autres."

Roger Caillois, "L'écriture des pierres", 1970

mardi 15 janvier 2008

Le glaive et la balance


Aix-en-Provence, juillet 2006

La nouvelle vient de tomber, venue de l'AFP, l’ancien président de l’UIMM, Denis Gautier-Sauvagnac, a été mis en examen mardi pour "abus de confiance", "travail dissimulé" et "recel d’abus de confiance" dans l’affaire des retraits suspects de 19 millions d'euros des caisses de l’organisation patronale.
Ce matin sur France Info, son avocat déclarait qu'au nom de "l'intérêt national" et de la "paix sociale", mieux valait que le dossier ne soit pas ouvert. A croire qu'il sent vraiment mauvais.
C'est évident que si la justice ne doit plus juger que les affaires politiquement correctes, on comprend aisément la réforme de Rachida Dati et ses fermetures de tribunaux.

Une dernière question : d'où un syndicat patronal des mines et de la métallurgie peut-il tirer ses fonds dans un pays qui n'a plus ni mines, ni métallurgie ?

lundi 14 janvier 2008

Dernier soir sous la pluie madrilène, ultime avant l’abîme



Le hasard fait parfois bien les choses.
La pluie battante obligeait à aller de porte cochère en magasin, le chuintement des portes automatiques, les sacs en plastiques distribués par les vendeuses pour emballer le parapluie, rose, forcément rose ,-) signalaient le havre temporaire mais sec et chaud avant d’arpenter à nouveau le trottoir et son déluge jusqu’au prochain refuge.
Et l’un de ces derniers, dans le jour déclinant, fût l’Hôtel des Poste, meringue du plus pur ecclectisme architectural qui abritait ce jour là une exposition d’une sélection de photos de Martin Chambi, photographe péruvien de la première moitié du XXe siècle. Une révélation qui nous laissa largement le temps de nous sécher.
C'était du temps où j'étais autre chose que solipère à mi-temps.
La fatigue incite parfois à la résignation, à s'efforcer de se dire que je n'attends rien de plus, je n'espère rien de plus, mais dans un coin de mon vide cérébral s'agite un petit lutin, ange ou démon, qui me dit qu'espérer, croire et rester fidèle à ses idées, à ses principes, à ses rèves, les faire vivre et si possible les vivre, c'est encore ce qui se fait de mieux. Et j'en ai envie.
Se résigner à ne pouvoir être tout pour l'Autre, espérer que l'on est assez. Je n'oublie rien, de la Grèce à Venise, et j'espère l'infinité des mondes qui peuvent encore suivre, dans un temps qui soit autre qu'une alternance d'avec et sans.

dimanche 13 janvier 2008

Envies de nomadisme


"Les objets sont tracés, ils semblent des souvenirs. C'est eux, et pourtant ils sont absents, comme des fantômes."
Henri Michaux, "Façons d'endormi Façons d'éveillé", Gallimard, 1969

Au-dessus de L'Hospice de France, Haute-Garonne, juin 2007.

samedi 12 janvier 2008

Cœur disparate


Istanbul, Sehzade Camii, décembre 2004
Petit clin d'œil à mes lecteurs turcs

vendredi 11 janvier 2008

La pluie de la place Omonia


Lyon, février 2006

J'ai pénétré bien des mystères
Dont les humains sont ébahis :
Grimoires de tous les pays,
Etres et lois élémentaires.
Charles Cros, Le coffret de Santal

Rudes journées pour cette semaine de reprise, des rendez-vous, des réunions parents-profs, un rythme à retrouver.
Des moments de vrai partage avec les élèves, d'autres difficiles, des bons mots entendus et trop vite oubliés, des idées qui fusent.
Et ce refus outré inédit d'une classe de 3e à qui j'annonce cet après-midi un devoir la semaine prochaine :
"Non mais ça va pas, Monsieur, on n'aura pas le temps réviser, c'est les soldes."
Vraiment, celle-là, on ne me l'avait jamais faite.

jeudi 10 janvier 2008

Haro sur le Daudet


Monastères de Piedra, Espagne 2005

En écho au film "Et si c'était lui…" vu hier soir, avant d'éclater un pneu en sortant du ciné, je voudrais citer les mots de Daudet que certaines tiennent pour un plagieur de bas étage.
"Le mariage a été pour moi un port aux eaux calmes et sûres, non pas celui où l'on s'accroche d'un anneau à la rive au risque de s'y rouiller éternellement, mais une de ces anses bleues où l'on répare les voiles et les mâts pour des excursions nouvelles aux pays inconnus."
Alphonse Daudet, Femmes d'artistes

mercredi 9 janvier 2008

Juger et préjuger


La photo, prise cet été au pied du Canigou, a à voir avec ce qui suit.

Depuis la fin de la semaine dernière, notre (cher) ministre de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale (on ne rit pas) défend son bilan, en attendant d’être évalué, ou pas. En gros, les “mauvais” résultats (on rit jaune) soit 23.000 à 24.000 expulsions contre 25.000 prévues, seraient dûs à son prédecesseur trop laxiste (non, non, on ne rit plus) et à l’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie à l’Union Européenne (bon, là, je pense qu'on ne peut plus qu'en rire). C’est vrai que les années 1930, où on reconduisait les Polonais par trains entiers, où on parquait les réfugiés républicains espagnols, ça ça devait être le bon temps.
Hier commençait l’examen de la nouvelle loi de Rachida Dati sur sur la rétention de sûreté qui ouvre une sérieuse brèche en droit français, puisque la justice serait maintenant appelée non seulement à juger, mais aussi à préjuger de la dangerosité des individus pour la société.
Mais bon, tant que ces deux là ne sont pas dans le même gouvernement, on ne risque pas non plus de ressortir un fameux projet de dépistage précoce sur les enfants de moins de trois. Mais je ne regrette pas d’avoir signé la pétition, on ne sait jamais.
A part ça, bonne année quand même.

mardi 8 janvier 2008

Pour une politique de la civilisation


Epidaure, Grèce, février 2005
Parce qu'il y a sûrement un message subliminal, une 25e image que je ne vois pas, dans ce slogan.
Soit, vraiment, j'ai un QI de pétoncle, et le sens est tellement évident qu'il m'échappe totalement, mais alors vraiment totalement, soit c'est vide de sens, mais ça m'étonnerait, il ne peut pas faire ça.
A moins que ça ne fasse référence à un célèbre discours de Jules Ferry devant l'Assemblée présentant les bienfaits de la colonisation pour les indigènes.
A moins que le renoncement aux 35 heures soit la forme ultime de notre civilisation, auquel cas les médecins urgentistes qui attendent le paiement de quelques centaines de milliers d'heures supplémentaires seraient déjà de plein pied dans la civilisation.
Une pensée pour eux.
Donc, Epidaure, parce que jusqu'à ce matin on se croyait civilisés, et qu'on faisait de la Grèce classique l'une des racines de notre civilisation.

lundi 7 janvier 2008

Téraflop


Non, non, je vous rassure, ce n'est pas le bilan de cette journée de reprise sans avoir les neurones en face des synapses. C'est une unité de mesure que je ne connaissais pas et qui quantifie la puissance des ordinateurs. Le CNRS sera bientôt équipé d'une plate-forme de calcul intensif de 207 téraflops, c'est-à-dire capable d'exécuter 207 millions de millions d'opérations à la seconde. Une tâche qui, si elle était accomplie par des humains à l'aide de simples calculettes, mobiliserait 300 000 opérateurs travaillant jour et nuit pendant vingt ans.
Je cite "Le Monde", mais n'empêche, un seul téraflop me suffirait à démarrer l'année et à me replonger dans "L'Ombre du Vent", de Carlos Ruiz Zafon ou à trouver le temps de trier quatre ans de photos. Ca laisse rêveur.
Zou, sans hasard et sans détours, une photo de la plage de Gruissan (miam!) de mars 2007.

dimanche 6 janvier 2008

Dessiner les contours du silence

Dessiner le silence. C'est une punition qu'il m'arrive de donner. Les plus malins rendent feuille blanche.

Une porte du vieil Albi, première photo de 2008 publiée ici.
Prince et Princesse viennent de quitter le nid pour une semaine, avec pour l'un, la soupe à la grimace à l'idée de retourner au collège demain (allez, courage, p'tit loup, je n'en ai pas plus envie que toi) et l'autre qui ne voulait pas quitter son Pôpa. Merci, merci Œdipe, j'en redemande encore et encore.
Voilà, cet appart' déjà si petit est maintenant tout vide. Il va falloir ranger, préparer la rentrée, (re)lire un texte pour un petit bout de femme dont j'adore les mots (et pas que). Les lire en avant-première est toujours un moment unique.

samedi 5 janvier 2008

Sans déguisements ni artifices, dire ce que l'on est


Rien à dire, impuissance des mots et des sentiments.
Juste une photo de l'Alhambra de Grenade, souvenir de la vraie vie où je savais encore donner l'envie.
Un souvenir du Parthénon aussi, parce que la beauté d'un lieu est d'abord dans le contexte de sa contemplation.
Aimer, c'est certainement, aussi, se dire que ce que l'on vit ne pourrait l'être avec nulle autre personne.
Rester dans le cœur de l'Autre, et voir à leur juste valeur les gestes qu'il fait.

Bonne journée à vous

vendredi 4 janvier 2008

Sans équivoque


La Casa de Pilatos à Séville, encore elle.

Le poids de la distance et de l'absence, la légèreté du cœur et les ailes qui demeurent déployées.

jeudi 3 janvier 2008

Espace-temps de l'absence



Hommage à Monet, Alcazar de Cordoue, Andalousie.

Avant les bonnes résolutions pour 2008, un bilan décalé de 2007 sur le lien suivant

2006 se sera achevée dans la plus profonde violence et l’effondrement des lieux et des personnes.
2007 aura été l’année d’une résurrection, des illusions déçues, pas perdues, de la liquidation des constructions antérieures, des réglements de compte et des pardons, des retrouvailles, d’heures, de journées, et parfois de semaines entières de bonheur. De ruptures aussi nombreuses que douloureuses.

Alors, de quoi sera faite l’année 2008 ?

- arrêter de fumer et aimer encore plus mes enfants, pour longtemps
- perdre mes kilos et garder mes cheveux
- reprendre l’escalade, la montagne, me mettre au dessin ou à l’écriture, pourquoi pas au chant
- ne plus fuir les rencontres, les invitations, accepter qu’on me trouve sympathique, aimable, fréquentable, intéressant, ce que ma vie ne montre pas toujours. Ne plus vivre comme un ours pour l’unique raison que j’attendrais quelqu’un ou quelque chose.
- faire la paix dans une vie en guerre depuis longtemps
- cesser d’attendre, agir et laisser faire, accepter de perdre du temps quand j’en manque, mais ne pas donner mon temps pour qu’il en soit fait du temps perdu
- m’installer dans cet appart’ dans lequel je n’ai fait qu’attendre
- admettre la déception face à l’absence de vie de couple et de vie de famille, mais continuer à y croire, aussi vrai qu’un couple se construit à deux et que je n’en suis pas indigne.
- vivre l’absence de l’autre autrement que dans le dévouement de l’attente
- cesser de culpabiliser, pour tout et tout ce qu’on me reproche, refuser d’être responsable de tout et surtout du négatif.
- donner, aimer, encore et toujours. Etre sécurisé autant que je peux être sécurisant. Etre aimé et recevoir, compter sur les autres autant qu’ils savent pouvoir compter sur moi
- aimer et être aimé au grand jour, dans la fierté d’être avec l’aimée, sortir de l’hypocrisie du silence et du secret qui ne protège personne, mais constitue un rempart à l’engagement de l’un envers l’autre.
- accepter qu’on ne peut pas faire le bonheur des autres, ou être heureux avec les autres, s’ils n’en ont pas envie
- donner, partager, voir Venise, Amsterdam, Rome, le nouveau Berlin, les Charentes, revoir Paris, le Maroc, parcourir les Andes et survoler le Grand Canyon, visiter la Syrie et l'Iran, retourner encore et encore en Espagne, parce qu’il suffit de passer la frontière pour que tout renaisse…
- vivre encore et encore des heures, des jours, des week-end de bonheur qui font croire que tout est possible

mercredi 2 janvier 2008

Se souvenir des belles choses


Parce que c'est un film, beau et dérangeant, de Zabou Breitman, sur la maladie et la force de l'amour, un cadeau cher, revu le soir de Noël.
Parce que cette photo, c'est l'Alcazar de Séville, quand j'étais beau et autre.
Bon anniversaire à celle dont je tenais la main sous le soleil andalou.
Bonne journée à vous.

mardi 1 janvier 2008

Premières résolutions


Bon, vaille que vaille, même en lendemain de fête, même la tête en vrac, même la vie en guerre, je tiendrai le cap et posterai une photo par jour.
Cour de la Maison Pilate (Casa de Pilatos) à Séville.
Première résolution : continuer à avancer, à monter, marche après marche, comme je le fais depuis 40 ans, comme depuis 3 ans. Marcher, monter, et y croire, comme a démarré l'année à 00h00.